Berry Bury Berry est le genre de jeu qui prend une idée complètement absurde, la regarde droit dans les yeux et décide d’en faire une aventure entière. Ici, votre mission consiste à cultiver des baies, récupérer des baies, améliorer la production de baies et, surtout, jeter des baies dans un trou. Encore. Et encore. Et encore. On dirait le projet secret d’un scientifique fou qui aurait fusionné un idle game avec un épisode particulièrement étrange de Courage le chien froussard. Le résultat est un univers surréaliste où l’on passe son temps à nourrir un trou insatiable tout en essayant de comprendre ce qui ne tourne pas rond dans ce jardin maudit. Et le pire, c’est que durant les premières minutes, ça fonctionne étonnamment bien.

Dans la catégorie des concepts improbables qui accrochent malgré eux, Berry Bury Berry marque quelques points. On commence par ramasser des fruits, puis très vite on investit dans des gadgets toujours plus extravagants : aspirateur, trou mobile, maillet destructeur… La boucle de progression est suffisamment maligne pour donner envie de débloquer la prochaine amélioration. Les Potafruits, ces espèces de pots de fleurs sur pattes qui produisent des fruits à intervalles réguliers, apportent beaucoup de personnalité à l’ensemble. Malheureusement, ce qui semblait être une brillante idée finit par révéler ses limites. La progression réclame rapidement des quantités d’argent extravagantes, transformant certaines sessions en véritable travail agricole numérique. Si Farming Simulator et un distributeur automatique avaient un enfant, il ressemblerait probablement à ça.

Au niveau des graphismes, le jeu possède une direction artistique qui ne laisse pas indifférent. L’ambiance colorée de la journée contraste avec des nuits beaucoup plus inquiétantes, presque dignes d’un petit film d’horreur indépendant. Cette dualité donne une vraie identité au jardin et contribue à entretenir une certaine curiosité. En revanche, une fois la surprise passée, la partie technique peine à suivre. Pour être honnête, c’est souvent assez disgracieux ou moche si vous préférez. On sent l’effort artistique, mais visuellement, le résultat rappelle parfois ces vieux projets étudiants récupérés au fond d’un disque dur oublié dans la salle de classe.
Pour la bande-son, le constat est plus positif. Les musiques accompagnent efficacement les changements d’ambiance et renforcent le caractère étrange de l’aventure. Les moments plus inquiétants de la nuit bénéficient notamment d’un habillage sonore réussi qui donne l’impression qu’un monstre pourrait surgir à n’importe quel moment. Les quelques énigmes disséminées dans l’aventure apportent également une respiration bienvenue. Dommage qu’elles soient si rares, car elles représentent facilement les passages les plus intéressants du jeu et cassent enfin la routine de la récolte intensive.

Concernant la durée de vie, Berry Bury Berry souffre d’un problème classique : il devient répétitif bien avant d’avoir épuisé ses idées. Les premières heures sont addictives, les suivantes beaucoup moins. Les améliorations manquent d’impact, les surprises se font rares et les mécaniques tournent rapidement en boucle. La prise en main à la manette n’aide pas non plus, avec des explications parfois trop légères. À 10 euros, la comparaison avec d’autres jeux incrémentaux plus riches n’est pas franchement en sa faveur.

Au final, Berry Bury Berry ressemble à une blague racontée avec beaucoup de conviction : amusante au début, moins drôle quand elle dure trop longtemps. Son univers étrange, ses Potafruits attachants et son concept complètement barré lui permettent de sortir du lot, mais le manque de renouvellement finit par enterrer l’expérience plus profondément encore que son fameux trou. Et entre nous, si votre plus grand rêve est de lancer des fruits dans un trou pendant plusieurs heures, ce jeu a probablement été développé spécialement pour vous.
