Test de Kiln – Un jeu à faire entre potes-rie !

Il paraît que tout a commencé par une réunion chez Double Fine. Un type en chaussons lâche: « Et si on faisait un jeu où des pots en céramique se tabassent pour éteindre des fours ». Silence. Quelqu’un souffle dans son café. Une voix au fond répond: « Oui mais seulement si on les fabrique soi-même avec de l’argile virtuelle ». Applaudissements. Rideau. Bienvenue dans Kiln, un univers où Demi Moore dans Ghost rencontre un MOBA sous acide, et où la poterie n’a jamais été aussi belliqueuse. Ici, on modèle, on peint, puis on fracasse avec amour. (Ce texte ne sent pas la terre cuite, mais presque.)

Avec amour

Dans les faits, Kiln balance huit joueurs dans des arènes multijoueur avec un objectif limpide comme un bol Ikea neuf: éteindre trois fois le four adverse avant de finir soi-même en puzzle sur le sol. Chaque joueur incarne une poterie possédée par un esprit un peu trop motivé, courant partout pour récupérer de l’eau, taper les ennemis et protéger son foyer. Cela ressemble par moments à un cousin spirituel de Splatoon, mais version argile humide et doigts pleins de fissures. Les parties sont plutôt courtes, nerveuses, souvent bordéliques mais rarement injustes, avec juste ce qu’il faut de stratégie pour éviter de jouer comme un vase sans anse. Le tuto fait le job, la légère couche narrative sert surtout à dire: « Ne pense pas trop, amuse-toi ».

Je ne suis pas gros, je suis trapu

Concernant les combats, le jeu reste volontairement simple. Une attaque de base, une attaque spéciale, parfois une variante chargée pour se donner l’impression d’être subtil. Cela bourrine, ça vole, ça se fendille. Chaque coup reçu marque la poterie de fissures visuelles, comme une métaphore très frontale de ta santé mentale après trois défaites d’affilée. Le seul vrai soin vient de la résine disséminée sur les maps et autant dire que quand tout le monde se bat au même endroit, elle devient aussi rare qu’un lobby sans lag le vendredi soir.

Attention, j’arrive

Toute la tension du jeu repose sur la gestion de l’eau, cette ressource précieuse qui fuit à la moindre roulade un peu trop enthousiaste. Se déplacer vite fait perdre de l’eau, se battre fait perdre de l’eau, respirer trop fort fait presque perdre de l’eau. Chaque trajet vers le foyer ennemi devient un petit drame intérieur: est-ce que j’y vais prudemment comme un facteur consciencieux, ou est-ce que je fonce en mode YOLO pour arriver à moitié vide mais vivant. Cette mécanique fonctionne diablement bien et crée des situations délicieuses où un héros arrive au four adverse avec trois gouttes, un espoir et une foi absolue en l’humanité. Souvent, ça finit mal.

Mon futur pot de chambre

Là où Kiln sort vraiment de son four magique, c’est dans son atelier de poterie. Deux mains virtuelles, de l’argile, et une liberté presque thérapeutique pour sculpter son futur avatar. La prise en main est intuitive et rapidement grisante. On teste, on déforme, on recommence. La forme impacte les statistiques et oblige à faire des choix. Impossible d’être une forteresse rapide avec un réservoir de camion-citerne. Sur le papier, les huit formes proposées et leurs capacités donnent l’impression de rôles bien définis. En pratique, l’impact réel en combat manque parfois de mordant et certaines différences se diluent dans le chaos général. Dommage, car l’idée est excellente.

CONTENT !

La personnalisation esthétique, elle, est un véritable terrain de jeu. Anses, becs, autocollants, peintures, tout y passe. Chaque création devient une œuvre unique que l’on expose fièrement comme un enfant de maternelle persuadé d’avoir peint la Joconde. Le souci vient plutôt de la progression, lente et peu gratifiante. Les récompenses tombent au compte-gouttes, le contenu reste mince avec seulement cinq cartes (pour le moment), et après quelques sessions, une sensation de déjà-vu s’installe. Kiln est réjouissant par petites doses mais peine à donner envie de longues soirées en chaîne, un peu comme un excellent dessert servi dans une tasse trop petite.

Pour conclure, Kiln est une idée brillante, drôle et sincère, servie par une direction artistique charmante et une base de gameplay solide, mais encore trop légère pour captiver durablement. C’est le jeu parfait pour un détour entre amis, une session Game Pass improvisée, une bataille de pots avant le dîner. Avec du suivi et du contenu frais, il pourrait devenir un classique étrange et attachant. En l’état, c’est une belle poterie: plaisante à regarder, amusante à utiliser, mais encore fragile si on insiste trop fort.

Et en bonus, voici une petite vidéo « découverte » de Kiln proposée par Théo :