Test de Riven – Un MYSTère de plus !

Riven, la suite de Myst, débarque sur Xbox Series avec une présence beaucoup plus marquée que son aîné, tout en restant profondément fidèle à l’esprit de réflexion et de contemplation qui a fait le succès de la licence. On se retrouve de nouveau plongé dans les mondes créés par les Ederns, mais avec cette fois une vraie tension narrative : Atrus est prisonnier, son fils Gehn règne d’une main de fer sur un archipel coupé en morceaux, et chaque île semble porter les stigmates de son arrogance. Le jeu ne se contente pas de répéter la formule : il l’approfondit, la complexifie, et lui donne une vraie charge dramatique.

Ce qui marque immédiatement, c’est la façon dont Riven déploie son univers. On ne se contente pas de visiter un endroit, puis un autre, mais de passer d’un monde à l’autre, chacun avec son ambiance, ses bruits, ses énigmes, ses secrets bien gardés. Il y a dans les paysages une impression de lourdeur, de déclin, presque de malaise, comme si chaque mécanisme grinçant, chaque pont instable, chaque porte rouillée racontait une partie de l’histoire en filigrane. On se sent observé, coincé dans un dispositif à la fois fascinant et oppressant, bien loin de la simple balade contemplative qu’était parfois Myst.

Le gameplay reste très proche de l’esprit “puzzle pur” : beaucoup de logique, de schémas à retenir, de codes, de séquences mécaniques à reproduire, de petites manipulations qui, vu isolément, paraissent anodines, mais qui, assemblées, ouvrent des portes presque théâtrales. On retrouve ce plaisir de chercher, d’expérimenter, d’échouer, de recommencer, de s’arrêter un instant pour repenser à tout ce qu’on a vu, avant de se dire qu’on a enfin compris le véritable sens d’un mécanisme. Sur Xbox, la manette rend cette manipulation un peu moins directe que la souris, mais le jeu se laisse dompter, et la sensation de résoudre une énigme que l’on a vraiment déchiffrée reste extrêmement gratifiante.

En revanche, ce même côté exigeant peut vite devenir épuisant, surtout pour ceux qui ne sont pas habitués à ce genre de rythme. Le jeu ne se précipite pas, il ne se presse pas, et il peut arriver de tourner en rond durant de longues minutes sur une énigme, de revenir en arrière plusieurs fois, de se demander si on n’a pas raté un détail crucial perdu dans un décor foisonnant. La navigation sur console, ici, est globalement bien pensée, mais elle garde un côté un peu “frontal”, parfois moins fluide qu’il ne le serait avec une souris, ce qui peut légèrement alourdir certaines phases déjà complexes.

Autre point à considérer : Riven, malgré ses graphismes retravaillés, reste un jeu très contemplatif, presque austère. Pas de combat, pas de dialogue permanent, pas de cinématiques spectaculaires : l’histoire progresse à travers les environnements, les notes, les témoignages, les mécanismes que l’on met en marche. Pour certains, cela peut donner une sensation de vide, de lenteur, de manque de guide ; pour d’autres, c’est justement ce vide qui donne tout son poids au jeu, une vraie immersion dans un univers de réflexion, presque philosophique. Sur Xbox, cette expérience gagne en lisibilité et en accessibilité, tout en gardant une certaine froideur inhérente à ses origines.

En conclusion, Riven sur Xbox Series est une suite très cohérente de Myst, bien plus dense, plus nerveuse, plus “habité” que le premier opus, tout en restant un pur jeu de réflexion. On y trouve autant de plaisir dans la résolution d’énigmes et la découverte de l’univers que de frictions dans certaines longueurs ou dans la rigidité du rythme. Pour qui aime se laisser porter par la curiosité, accepter la frustration et en sortir par ses propres moyens, Riven conserve une vraie aura, presque mythologique, bien ancrée dans l’ère moderne des consoles.