Test de Screamer – L’arcade à l’ancienne est de retour !

Screamer, c’est avant tout le retour inattendu d’un nom qui sent bon l’arcade des années 90. À l’origine, la série a vu le jour en 1995 sous la houlette de Milestone, ou plutôt Graffiti, le tout premier nom du studio italien, quand les polygones étaient encore anguleux et la vitesse une philosophie. À l’époque, Screamer s’imposait comme un jeu de course exigeant et nerveux, clairement inspiré par Ridge Racer, avec cette obsession du timing parfait et des trajectoires chirurgicales. Deux suites plus tard, Screamer 2 puis Screamer Rally, la licence disparaissait des radars, rideau, finito. Et puis, contre toute attente, Milestone décide de ressortir le moteur du garage et de relancer la machine avec un nouvel épisode au titre aussi simple que symbolique : Screamer.

Course explosive

Plonger dans Screamer, c’est un peu comme tomber par hasard sur une vieille VHS d’anime des années 90 planquée derrière un meuble Ikea: on ne savait pas qu’on en avait besoin, mais une fois lancée, impossible d’arrêter. Néons agressifs, pilotes à la motivation douteuse, tournoi organisé par un type mystérieux qui coche toutes les cases du méchant charismatique, le jeu annonce la couleur dès les premières minutes. Ici, on ne court pas seulement pour gagner une coupe en plastique, mais pour des raisons bien plus dramatiques, entre vengeance personnelle et ego surdimensionné. Le tout est emballé dans une mise en scène volontairement excessive, qui assume son côté too much avec un sourire en coin, comme si Akira rencontrait Ridge Racer après une nuit blanche.

Tu vas piloter à nouveau bro’ !

Concernant la structure globale et le contenu solo, Screamer surprend par son mode histoire étonnamment généreux. Le principe est simple mais efficace: vous incarnez tour à tour tous les personnages du casting au fil d’un tournoi découpé en chapitres et en dizaines d’épisodes. Entre deux courses, le jeu vous bombarde de dialogues façon Visual Novel, avec des personnages qui parlent chacun leur langue, merci la puce du futur. Il y a environ une demi-heure de cinématiques bien mises en scène par Polygon Pictures, mais surtout des heures de texte à lire, ou à zapper si votre patience est restée coincée sur un circuit de montagne. Concernant la durée de vie, une bonne douzaine d’heures est nécessaire pour venir à bout de ce mode, à condition de ne pas trop embrasser les murs en mode facile, ce qui arrivera de toute façon.

Un côté Ridge Racer assumé

Pour ce qui est du gameplay, Screamer ne fait clairement pas dans le pilotage pépère du dimanche matin. La prise en main demande un vrai temps d’adaptation, notamment à cause de cette conduite à deux sticks qui peut dérouter au début. Un stick pour diriger, l’autre pour gérer le drift, et soudain vos doigts se mettent à transpirer comme lors d’un boss final inattendu. Chaque véhicule possède ses propres sensations, sans la moindre stat pour vous mâcher le travail, ce qui oblige à apprendre à la dure, souvent en laissant des traces de peinture sur les murs. Les objectifs de course ajoutent une couche de tension bienvenue: il ne suffit pas d’arriver premier, il faut aussi drifter, éliminer des adversaires ou battre des chronos précis. Certains raccourcis bien planqués, que l’IA ne prend jamais, deviennent alors votre meilleur secret, un peu comme connaître un code de triche sans l’avouer.

J’adore la DA

En allant plus loin dans les mécaniques, le jeu déploie tout son système de jauges Sync et Entropy, véritable cœur de l’expérience. Passer les vitesses au bon moment permet de charger la Sync, offrant boosts et boucliers, tandis que l’Entropy se remplit en utilisant ces capacités. À deux barres, vous déclenchez un Strike capable de transformer un rival en feu d’artifice roulant, et à jauge pleine, l’Overdrive entre en scène, version furieuse et incontrôlable de votre voiture. Le moindre contact avec un mur annule la fête et vous explose à la figure, rappelant que Screamer aime autant récompenser la maîtrise que punir l’excès de confiance. Une fois ce système assimilé, les courses deviennent jubilatoires, presque chorégraphiées, surtout grâce aux capacités spéciales propres à chaque pilote.

Je vais exploser tout le monde, même moi !

Au niveau des graphismes, le travail réalisé est franchement solide. Quatre environnements distincts, chacun décliné en plusieurs circuits avec météo et moments de la journée variés, offrent une vraie diversité visuelle. Autoroutes futuristes, routes de montagne sinueuses, chaque tracé impose un style de conduite différent. Mais la vraie star reste le design des voitures, mélange assumé de modèles inspirés de Porsche, de Nissan GT-R ou de Honda NSX, passés à la moulinette cyberpunk. Ailerons démesurés, leds partout, échappements dignes d’un film de Michael Bay, tout transpire le plaisir visuel, avec une vibe qui rappelle parfois NFS Unbound. Le framerate ne bronche pas et le jeu propose même du quatre joueurs en écran partagé, ce qui relève presque du miracle en 2026.

Tout le monde veut prendre ta place

Pour la bande-son, Screamer fait également le job avec une efficacité redoutable. Les musiques accompagnent parfaitement l’action et renforcent cette sensation de vitesse permanente, sans jamais tomber dans la simple boucle fatigante. Le doublage multilingue fonctionne étonnamment bien, avec des voix japonaises, françaises, anglaises ou encore allemandes qui se croisent naturellement. Les bruitages des moteurs, des collisions et des boosts ajoutent une vraie puissance sonore aux courses, donnant parfois l’impression de piloter une fusée bricolée dans un garage clandestin. Mention spéciale à l’ambiance globale sur la piste, qui réussit à rester lisible malgré le chaos ambiant, ce qui n’était pas gagné d’avance.

Takedown !

Au final, Screamer s’impose comme un jeu de course aussi original que généreux, capable de mélanger l’esprit arcade de Ridge Racer avec la brutalité de Burnout et une identité visuelle très marquée. Tout n’est pas immédiatement accessible, mais le jeu prend le temps de récompenser ceux qui s’accrochent, offrant des courses intenses et un vrai sentiment de progression. Ce n’est peut-être pas le titre qui plaira à tout le monde, mais pour ceux qui aiment la vitesse, les explosions et les univers qui assument leur exagération, Screamer est une excellente surprise, un cri de plaisir mécanique dans un monde de néons.