Test de The Sinking City 2 – Resident sur l’eau

Au cœur d’une Arkham noyée sous des eaux inquiétantes, The Sinking City 2 nous plonge dans une aventure lovecraftienne où l’horreur rôde derrière chaque porte barricadée. Cette fois, Frogwares délaisse largement l’enquête pure du premier épisode pour embrasser pleinement le survival horror. On y incarne Calvin Rafferty, aventurier de l’occulte malgré lui, parti sauver Faye Bennett, l’amour de sa vie, dont l’âme est coincée dans les Contrées du Rêve tandis que son corps sert de location saisonnière à des forces peu recommandables.

L’ambiance générale constitue sans doute la plus grande réussite du jeu. Frogwares maîtrise parfaitement le rythme et alterne intelligemment entre les moments de calme narratif et les séquences de tension pure. On peut passer plusieurs minutes à explorer une rue abandonnée, à assembler des morceaux d’histoire et à contempler les dégâts de la catastrophe, avant qu’une créature sortie des pires cauchemars d’un écrivain insomniaque ne décide de transformer la promenade en sprint improvisé. Cette montée progressive de la pression fonctionne remarquablement bien et rappelle souvent les meilleurs passages de Silent Hill, avec cette impression constante que quelque chose nous observe depuis l’obscurité. Ce qui, soyons honnêtes, n’est jamais très rassurant.

Concernant les graphismes, The Sinking City 2 s’en sort avec les honneurs. Sans rivaliser avec les plus grosses vitrines technologiques de la console, le titre exploite intelligemment l’Unreal Engine 5 pour offrir des environnements détaillés et crédibles. Les rues englouties d’Arkham affichent une véritable personnalité et l’eau omniprésente participe énormément à l’identité visuelle du jeu. Certaines zones bénéficient même d’un éclairage particulièrement réussi qui donne lieu à des panoramas étonnants. Les personnages profitent eux aussi d’un traitement convaincant, surtout lors des cinématiques où les expressions faciales renforcent l’implication émotionnelle. Par moments, le résultat impressionne sincèrement. À d’autres, on se rappelle que ce n’est pas un blockbuster à plusieurs centaines de millions de dollars. Mais la direction artistique compense largement ces limites.

Du côté du gameplay, les inspirations Resident Evil sautent aux yeux dès les premières heures. Sauvegardes manuelles dans des salles sécurisées, gestion rigoureuse de l’inventaire, coffre de stockage et économie de munitions : tous les ingrédients sont présents. La prise en main demeure parfois un peu rigide, mais jamais au point de devenir frustrante. Cette légère lourdeur contribue même à renforcer la vulnérabilité du personnage. Lorsque des parasites prennent possession de cadavres ou que les créatures des profondeurs surgissent des eaux noires, chaque affrontement demande réflexion et préparation.

Pour l’exploration, le jeu récompense constamment les joueurs curieux. Les enquêtes secondaires ne sont plus le cœur de l’expérience comme dans le premier opus, mais elles conservent une réelle utilité. Explorer des bâtiments délabrés, examiner des rituels douteux ou déchiffrer des documents dérangeants permet souvent d’obtenir des ressources précieuses ou des améliorations d’armes. Cette approche donne du sens à chaque détour et encourage à fouiller minutieusement les différents quartiers d’Arkham. Il y a un vrai plaisir à découvrir un raccourci ou un équipement caché qui facilitera les heures suivantes. Comme quoi, fouiller les affaires des autres peut parfois avoir du bon.

Pour la bande-son, le travail accompli reste solide du début à la fin. Le doublage anglais se montre convaincant et sert efficacement les séquences narratives. Les sous-titres français sont bien écrits et permettent de suivre l’histoire sans difficulté. Les compositions musicales accompagnent parfaitement les variations de rythme tandis que les bruitages participent activement à la tension globale. Les craquements inquiétants, les bruits lointains et les grognements des créatures remplissent leur mission : faire grimper le niveau de stress même lorsqu’aucun danger n’est visible. C’est un peu comme regarder un film d’horreur en sachant pertinemment qu’un jump scare approche, sans savoir exactement quand.

Concernant la durée de vie, comptez entre 12 et 15 heures pour atteindre le générique de fin. Une longueur raisonnable pour ce type d’expérience qui évite soigneusement de s’étirer artificiellement. Le rythme reste suffisamment soutenu pour maintenir l’intérêt tout au long de l’aventure, tandis que les activités secondaires offrent un complément appréciable sans devenir obligatoires. Cette structure permet au récit de conserver son efficacité et à l’horreur de ne jamais perdre son impact à force de répétition.

Pour conclure, The Sinking City 2 est une excellente surprise qui comprend parfaitement ce qu’il veut être. Plus nerveux, plus accessible et surtout beaucoup plus orienté action et survival horror que son prédécesseur, il réussit à trouver sa propre identité tout en assumant clairement ses influences. Entre ses monstres cauchemardesques, son Arkham fascinante et son ambiance constamment oppressante, le jeu offre une aventure solide qui devrait ravir les amateurs de Lovecraft comme les fans de Resident Evil. Une belle pioche qui prouve qu’il n’est pas nécessaire d’avoir le budget de dingue pour réussir à nous faire passer quelques nuits blanches.