Dans un futur poisseux où l’humanité flotte littéralement dans sa propre poubelle, Tides of Tomorrow te balance à l’eau sans gilet de sauvetage et te dit poliment de te débrouiller. Imagine Waterworld remixé par des écolos un peu vénères et un designer qui a renversé un sac de Lego sur une mer trop propre pour être honnête. Le jeu te promet une aventure solo, mais avec cette possibilité permanente de suivre par les fantômes des autres joueurs, un peu comme si ton GPS prenait forme humaine pour te guider. Et franchement, ça pose l’ambiance dès les premières minutes.

L’univers imaginé par DigixArt a une vraie gueule et une vraie odeur de fin du monde. Tides of Tomorrow se déroule sur Elynd, une planète noyée sous l’eau et le plastique, au point que même les poissons auraient envie de porter plainte. Le thème écologique est omniprésent mais jamais moralisateur, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. La plastémie, cette maladie qui transforme les humains en statues de plastique, est aussi glauque que fascinante, et l’Ozen devient rapidement plus précieux qu’un code wifi gratuit. Dès l’introduction, lorsque l’on flotte parmi d’autres Tidewalkers avant d’en suivre un, le jeu installe un malaise doux et intrigant, comme un épisode de Black Mirror sous acide marin.

Au niveau de la narration et des choix, Tides of Tomorrow joue dans une cour assez particulière. Les factions rencontrées, entre les Maraudeurs obsédés par le profit et les Mystiques perchés dans leur Prophétie, permettent de modeler son parcours de manière assez libre. Les dialogues et décisions donnent réellement l’impression de choisir quel genre de personne on veut être, du sauveur de l’écosystème au parfait agent du chaos. Ce qui rend l’ensemble vraiment savoureux, c’est que ces choix ne meurent pas avec ton écran de fin, puisqu’ils sont transmis aux joueurs suivants. Difficile de ne pas ressentir une petite fierté malsaine en se disant qu’un inconnu découvrira plus tard les conséquences de tes décisions douteuses.

Concernant la mécanique centrale de suivi des autres Tidewalkers, le concept est brillamment exploité. Le fait de pouvoir observer les échos d’un joueur précédent, voir où il est allé, ce qu’il a laissé et comment il a résolu certaines situations, donne une dimension quasi meta au jeu. Appuyer sur LT pour espionner le passé devient vite un réflexe, surtout quand il s’agit de trouver un passage secret ou un fichu mot de passe planqué derrière une énigme pas très coopérative. Cette idée transforme l’aventure solitaire en expérience collective asynchrone, un peu comme jouer à un escape game avec des inconnus qui ont déjà triché avant toi.

Pour ce qui est du gameplay pur, le tableau est un peu plus contrasté. Les phases d’exploration et de plateformes passent plutôt bien, avec des environnements suffisamment lisibles pour ne pas finir fou après trois sauts ratés. Les séquences d’action, notamment les combats navals à coups de bombes, sont clairement moins inspirées et donnent l’impression d’un mini-jeu ajouté pour varier les plaisirs. Heureusement, ces moments restent peu fréquents et ne gâchent jamais totalement l’expérience, même si on souffle un peu de soulagement quand ils se terminent. Les poursuites chronométrées, avec tyroliennes et sauts en urgence, font le job sans marquer les esprits, comme un passage obligé plutôt qu’un vrai point fort.

Visuellement, Tides of Tomorrow ne cherche pas la claque technique, mais assume pleinement son style cartoon coloré. Les personnages et les décors débordent de personnalité, et le monde d’Elynd reste agréable à parcourir malgré son thème déprimant. La bande-son rock apporte une vraie énergie au voyage, avec des morceaux qui collent parfaitement à l’ambiance du jeu. Le doublage anglais est excellent et donne vie aux personnages, même si l’absence de vraie VF laisse un petit goût d’inachevé, surtout pour un jeu made in France. Concernant la durée de vie, finir l’aventure en une petite douzaine d’heures est déjà très satisfaisant, et la multiplicité des fins donne une vraie excuse pour replonger et tenter des choix totalement opposés.

Au final, Tides of Tomorrow est ce genre de jeu narratif qui te surprend là où tu ne l’attendais pas et te fait pardonner ses petites faiblesses grâce à une idée centrale vraiment bien exploitée. Malgré des phases d’action parfois anecdotiques, l’expérience globale reste mémorable, humaine et étrangement chaleureuse pour un monde en train de sombrer. En conclusion, c’est une excellente surprise pour tous ceux qui aiment les jeux à choix, les univers forts et les concepts un peu tordus, et une preuve que l’on peut parler de fin du monde sans assommer le joueur avec un panneau recyclé en pleine figure.