Test de Wednesdays – L’art de tout dire sans dire trop de maux

Wednesdays, c’est un jeu narratif produit par ARTE qui aborde les violences sexuelles intrafamiliales à travers un parcours mémoriel sensible et inclusif, sans contenu explicite ni ton accusateur.

Tu incarnes Tim, adulte hanté par son passé d’enfant victime d’abus, qui replonge dans ses souvenirs via un jeu vidéo rétro, Orco Park, où tu construis un parc d’attractions pour débloquer des fragments de mémoire sous forme de bandes dessinées interactives. Chaque attraction bâtie (manèges, stands, décorations) sert de métaphore aux émotions et aux silences familiaux, et tu explores les perspectives des proches de Tim (parents, grand-père, amis) pour reconstituer le puzzle du traumatisme sans jamais verser dans le voyeurisme.

Le gameplay reste minimaliste et au service du récit : tu gères ton parc en plaçant des éléments pour attirer les visiteurs et remplir une jauge qui libère les souvenirs, puis tu navigues dans des dialogues à choix multiples pour éclaircir les non-dits et les indices subtils du passé. La direction artistique alterne pixel art coloré 90’s pour le parc (signé Nico Nowak) et illustrations poétiques en BD indépendante pour les mémoires (Exaheva), ce qui crée un contraste visuel doux et évocateur, accompagné d’une musique apaisante qui allège l’ensemble.

Ce qui frappe, c’est le respect du sujet : le jeu pose des questions essentielles comme qu’est-ce qui est « normal » ? Qui a vu sans agir ? Comment le trauma se loge dans le quotidien ? … Le tout sans jamais culpabiliser le joueur ni forcer l’émotion, en laissant place à l’espoir et à la reconstruction. Les options d’accessibilité (avertissements avant scènes sensibles, réglages pour handicaps, pauses intégrées) rendent l’expérience ouverte à tous, et la durée courte (2 à 3 heures) évite la lourdeur tout en marquant durablement.

Wednesdays n’est pas un jeu « fun » au sens classique, ni une expérience technique impressionnante, car son intérêt réside dans cette approche narrative intime et thérapeutique, qui utilise le médium pour sensibiliser sans tabou ni complaisance. Si tu aimes les visual novels comme Haven ou Enterre-moi mon amour (du même Pierre Corbinais), ou si tu cherches une réflexion sur la mémoire et les violences cachées, c’est une perle discrète et courageuse.