
Testé par votre serviteur dévoué, Le crime de l’Orient-Express m’avait enthousiasmé et déçu à la fois. C’est donc avec joie que je lance ce Mort sur le Nil. Retrouver Hercule Poirot, les pyramides, et une des œuvres les plus populaires d’Agathe Christie, cela ne se refuse pas.

Clairement, le jeu part sur les mêmes bases que le précédent. Le jeu est un AA qui s’assume et ce qu’il fait, il le fait très bien. Ne vous attendez pas à ce que cela fasse transpirer les Téraflops de votre Xbox Series. Mais si la qualité d’un jeu se faisait à ses graphismes et à la raideur d’animation, XboxOrNot n’aurait plus de raison d’exister.


Le contexte : Hercule Poirot, notre belge préféré, après Philippe Geluck et Benoît Poelvoorde, est en vacances en croisière sur le Nil. Le charme de L’Égypte, des pharaons, du sphinx. Il y fait la connaissance d’un jeune couple, Linnet Ridge et Simon Doyle. Récemment mariés, ils font leur voyage de noces avec leurs amis. Tout ce petit groupe où règne tension, non-dit, mensonge, trahison implosera sous la perspicacité de notre belge moustachu après le décès de la jeune mariée Linett. Est-ce Jacqueline de Bellefort, son ex-amie à qui Linett avait volé le cœur de Simon ? Ou est-ce un des nombreux passagers qui, sous couvert de bienveillance, avait bien des raisons de supprimer la nouvelle madame Doyle. Un huis clos d’anthologie qui marqua la littérature policière et le cinéma.


Après 2 adaptations cinématographiques, en 1978 avec Peter Ustinov, Angela Lansburry d’Arabesque, notre Jane Birkin adorée et celle de 2022 avec Gal Gadot, Kenneth Branagh et Annette Bening … Des adaptations réussies. Je suis encore désolé pour Microïds mais leur Poirot, n’est pas mon Poirot et Riggs confirmera que je suis très à cheval sur mon Poirot. Il lui manque cet aspect un peu bedonnant, jovial et à la fois perfide. L’aspect Columbo, la personne dont personne ne se méfie réellement malgré ses faits d’armes. Hormis cela, c’est presque un sans faute à l’ échelle d’un AA.


Personnage, décor, musique jazzy/ disco correspondent à l’ambiance, mais sont un peu sans âme. Ils n’ont pas cette fois essayé de “moderniser” l’œuvre avec des anachronismes. Tout est dans son jus pour mon plus grand plaisir. Bien sûr, pour une question de durée de vie et de divertissement, ils ont incorporé une autre histoire : celle de Jane Royce. Cette dernière, enquêtrice, en admiration devant Hercule Poirot mènera sa propre enquête sur la mort d’une amie, tuée sous ses yeux. Les chapitres qui composent le jeu alternent entre ses 2 protagonistes, jusqu’au dénouement final où les 2 enquêtes se rejoindront pour un final qui se veut dantesque.


Des niveaux de difficultés paramétrables, des énigmes qui oscillent entre le classique et le rafraîchissant… Il faudra faire marcher vos petites cellules grises afin d’avancer sans indices et sans erreurs jusqu’aux fins de chapitres. Votre principal atout pour ne pas être perdu, dans tous les lieux, événements et discussions : la carte mentale. Elle vous indiquera ce qu’il vous reste à faire, les personnes à interroger. Vous associerez les événements afin de confronter les menteurs et retracerez les différents événements lors de timelines très réussies. De ce point de vue, c’est un modèle du genre. Un adulte comme un ado pourront prendre plaisir, pour peu qu’ils aient la fibre des jeux d’enquêtes, à prendre leur pied.

L’ambiance des 70’s est franchement réussie avec un côté Shaft Blacksploitation pour Jane et le côté Post Hippie dandy disco pour le côté d’Hercule. La différence entre les 2 protagonistes est clairement palpable même au cœur du gameplay : entre un Hercule Poirot qui court aussi vite qu’un Jingoro prenant ses jambes à son cou pour attraper l’amour de sa vie, le côté félin panthère de Jane, plus impulsive, qui n’est pas sans rappeler Pam Grier.


Le jeu est réussi. Ce n’est pas le jeu de l’année, mais il réussit haut la main son cahier des charges de AA. Je félicite personnellement les équipes de Microids Lyon, car je pense que c’est un des styles de jeu les plus difficiles à adapter en œuvre vidéo ludique. Je m’explique : maintenir un rythme, avoir des énigmes variées, des phases de pseudo-infiltration, des gameplays différents comme la conduite de bateau… sans lasser le joueur, et ce, dans une œuvre connue de tous et avec plusieurs degrés d’accessibilité, adapté de multiples façons… je leur tire mon chapeau. Si le crime de l’Orient Express était le brouillon, ils ont su conserver la formule tout en l’améliorant. Quand le bashing sur Ubi ou Microïds est devenu monnaie courante, il ne faut jamais oublier qu’il y a des humains derrière et qu’ils donnent leur maximum pour vous divertir avec les moyens à leur disposition.


Alors oui, en pleine tornade des sorties de fin d’année, le jeu ne sera pas le GOTY. Mais ce qu’il propose, pour le public concerné, est d’une qualité indéniable. Le jeu est bon sans être exceptionnel. Il vous divertira et vous fera cogiter de la cafetière. Une licence, c’est difficile à appréhender, à satisfaire les fans. Incorporer du gameplay dans une œuvre littéraire, ce n’est pas facile, et entre les fourmis, et Mort sur le Nil, il faut reconnaître que Microïds s’en sort plutôt bien ces derniers temps.


