Test de Aphelion – Une odyssée glaciale entre splendeur et frustrations

Lorsque la Terre ressemble davantage à une frite oubliée trop longtemps dans l’huile qu’à une planète viable, il ne reste plus qu’une solution logique : tout plaquer et partir vivre ailleurs. Aphelion plante son décor dans ce futur un peu dépressif où l’humanité mise tout sur une planète glacée au nom chic et dramatique, Perséphone. Deux astronautes, une mission qui sent la dernière chance et un crash de vaisseau des familles plus tard, vous voilà propulsé dans une odyssée spatiale qui oscille entre film de science‑fiction sérieux et grosse sueur froide, manette en main. Le genre d’aventure où l’on admire le paysage en se disant que mourir ici serait quand même sacrément froid aux pieds.

Des environnements magnifiques

Dans Aphelion, l’histoire repose sur Ariane et Thomas, deux astronautes au CV béton et aux nerfs mis à rude épreuve. Le jeu se découpe en une dizaine de chapitres qui alternent entre leurs points de vue, et ce choix fonctionne étonnamment bien. La relation entre les deux n’est jamais surjouée, mais suffisamment crédible pour donner envie de les voir se retrouver, autre chose qu’un simple objectif de mission. Il y a de la tension, des non‑dits, de la tendresse maladroite, et ce fil émotionnel sert de carburant quand le rythme ralentit. Changer régulièrement de personnage permet aussi de garder l’intrigue fraîche, un peu comme regarder deux épisodes d’une série en parallèle sans le bouton “passer l’intro”.

Faut être courageux

Concernant le gameplay, Aphelion reste profondément ancré dans la griffe DON’T NOD : de l’exploration, de la narration environnementale et des phases où l’on avance prudemment en observant chaque détail. Ariane est clairement la reine du parkour spatial, enchaînant escalade, sauts au‑dessus de gouffres et descentes en rappel avec une aisance presque insolente. Manette en main, on passe beaucoup de temps à grimper, se suspendre et prier pour que la prochaine prise tienne. Le problème, c’est que cette fameuse mécanique de perte d’accroche devient vite envahissante. Appuyer (trop) souvent sur A pour ne pas tomber dans le vide fonctionne au début, puis finit par donner l’impression de jouer à un simulateur de musculation du pouce, et ça casse un peu l’immersion.

Thomas le galériste ?

Du côté de Thomas, l’expérience est plus posée et franchement plus cérébrale. Blessé après le crash, il explore des bases abandonnées, farfouille dans des terminaux et cherche des codes de portes comme si sa vie en dépendait, ce qui est techniquement le cas. Ces phases d’énigmes et d’enquête offrent un rythme différent et évitent la monotonie. Le Pathfinder, qui guide gentiment le joueur, confirme que le jeu reste très linéaire malgré son décor grandiose. On ne se perd presque jamais, sauf lors d’un passage un peu trop bavard en allers‑retours qui vous rappellera ce moment où vous avez perdu vos clés dans un appartement de 20 m². Oui, ça arrive.

Restons calme

Au niveau des graphismes et de la mise en scène, Aphelion frappe fort. Perséphone est une planète glacée sublime, dangereuse et fascinante, avec ses gouffres béants, ses rivières gelées et ses secrets enfouis sous la glace. Certaines scènes cinématiques sont tout simplement magnifiques et rappellent pourquoi DON’T NOD sait raconter des histoires visuelles mieux que beaucoup. Il y a parfois ce petit frisson à la Interstellar (même dans la bande son d’ailleurs, on ressent l’inspiration), quand l’immensité et le silence prennent le dessus. On pourrait regretter que la beauté du décor serve parfois de cache‑misère à des mécaniques moins inspirées, mais difficile de nier l’impact visuel global.

Soirée bolo ?

Pour la bande-son et l’ambiance sonore, le jeu se montre à la hauteur de son décor. Les musiques accompagnent parfaitement les moments de solitude et de tension, sans jamais devenir envahissantes. Les silences sont utilisés avec intelligence, mettant en valeur l’isolement des personnages et la menace constante qui plane. Les séquences d’infiltration face à la forme de vie hostile profitent pleinement de ce travail sonore, faisant monter la pression sans avoir besoin d’effets cheap. On n’est jamais dans l’horreur pure à la The Thing, mais suffisamment sur le fil pour serrer les dents.

Un côté Lara Croft

Concernant la durée de vie, Aphelion se termine en une petite dizaine d’heures, ce qui correspond bien à son rythme et à son ambition. Le plus gros point noir vient surtout du système de checkpoints, parfois trop éloignés à notre goût. Mourir à cause d’un saut capricieux ou d’une énigme chronométrée mal négociée pour se retrouver plusieurs minutes en arrière va franchement vite vous gaver. Ce n’est jamais catastrophique, mais ça donne cette impression frustrante d’être puni pour des erreurs qui tiennent parfois plus au gameplay qu’au joueur. Dommage, surtout quand l’histoire donne envie d’avancer sans accrocs.

Vive la grimpette

Au final, Aphelion est un jeu qui brille surtout quand il se concentre sur l’atmosphère, la narration et le spectacle. Malgré des mécaniques parfois maladroites et un goût prononcé pour les checkpoints capricieux, l’aventure reste prenante, touchante et souvent très belle. Ce n’est pas le sauveur de l’humanité vidéoludique, ni une expérience inoubliable, mais c’est un voyage spatial sincère qui mérite d’être tenté. Un peu comme accepter un vol turbulent en se disant que la vue en vaut largement la peine, même si vos mains restent crispées sur l’accoudoir.