Bad Cheese, c’est un peu comme si un vieux cartoon en noir et blanc des années 1920 s’était échappé de sa pellicule poussiéreuse pour se transformer en cauchemar interactif. On y incarne une petite souris qui tente de garder la maison en ordre et de rendre papa heureux pendant que maman est absente. Dit comme ça, ça a l’air mignon… sauf que derrière le vernis rétro se cachent l’alcoolisme, la négligence et tout un buffet de traumatismes familiaux. Bref, un mélange étrange entre Cuphead et une thérapie de groupe ratée.

La direction artistique est clairement le point fort. Le style d’animation 16 mm, les illustrations dessinées à la main et l’ambiance sonore d’époque recréent à merveille ce côté « cartoon maudit » qui donne autant envie de sourire que de frissonner. C’est dérangeant, mais parfaitement assumé, et ça colle à la perfection avec les thèmes sombres qui s’invitent au fil de l’histoire. Oui, vous allez sourire devant une souris qui grignote des chips… et grimacer trois minutes plus tard devant une cuisine bordélique que vous devrez ranger.

Côté gameplay, Bad Cheese opte pour une vue à la première personne. On voit donc les petites pattes de la souris devant soi, prêtes à accomplir des tâches ménagères qui feraient passer Les Sims pour des vacances. Nettoyer la vaisselle, passer l’aspirateur, ranger la maison… sauf qu’ici, chaque corvée vire à l’épreuve tordue, souvent ponctuée de créatures dégueulasses et de combats un peu maladroits. Le concept est original, mais manette en main, ça manque parfois de fluidité : ramasser un objet est plus pénible que ça ne devrait, et certains affrontements tiennent plus du bricolage que du gameplay nerveux.

Heureusement, certaines idées apportent une vraie dose de fun. L’aspirateur géant est un régal à manier et transforme le ménage en activité cathartique (dommage qu’on ne l’ait pas dans la vraie vie). L’exploration de la maison est ponctuée d’objets à collecter : portraits de famille, peintures bizarres, snacks planqués dans les placards. Rien de vital pour avancer, mais ça ajoute une couche d’étrangeté qui colle bien à l’univers.

Visuellement, Simon Lukasik, le développeur derrière Bad Cheese, a frappé juste. La maison est crédible, chaque pièce a son identité, et le bestiaire de créatures cartoon est à la fois grotesque et fascinant. Après, c’est vrai que le jeu est trop sombre par moment, mais cela renforce sans doute l’ambiance. La partie sonore, elle, est un sans-faute : les voix rappellent les cartoons vintage, la musique crachotante renforce le malaise, et les bruitages font mouche.
En somme, Bad Cheese n’est pas un jeu parfait : il est parfois raide, parfois maladroit, mais il réussit à être à la fois unique, glauque et captivant. C’est un titre qui ose mélanger horreur psychologique et esthétique cartoon, et rien que pour ça, il mérite qu’on s’y attarde.
