Dans Blue Wednesday, vous incarnez Morris, un pianiste aussi talentueux que mélancolique, qui promène son spleen à travers la ville entre deux accords mineurs. On pourrait croire que c’est un jeu sur la pluie ou les jours fériés en milieu de semaine, mais non : c’est plutôt une balade narrative à la sauce point & click, saupoudrée de mini-jeux variés, parfois utiles, parfois juste là pour meubler. Un petit jeu tout doux, un peu comme un roman de chevet à lire avant de dormir, sauf qu’ici, on vous demandera aussi d’ajuster la température de l’eau du bain. Littéralement.

Dès les premières minutes, Blue Wednesday affiche clairement sa couleur : le bleu de la mélancolie. Morris n’est pas vraiment au sommet de sa forme mentale et ça se ressent dans l’ambiance du jeu. La ville qu’il arpente est jolie, avec une direction artistique chaleureuse et des décors soignés, mais les animations des PNJ sont tellement minimalistes qu’on se demande parfois si tout le monde ne fait pas un concours de statues vivantes. Malgré tout, l’univers a un charme indéniable, comme un film d’auteur un peu fauché mais attachant.

Le gameplay, lui, se résume à pas mal de dialogues et une série de mini-jeux, plus ou moins inspirés. Le plus marquant ? Ce clone de Guitar Hero où l’on joue du piano… sauf qu’il est impossible de se louper. On appuie sur les bonnes touches au bon moment, ou pas, et le jeu continue tranquillement comme si de rien n’était. C’est relaxant, certes, mais l’absence de challenge pourrait en dérouter certains. Quant aux autres mini-jeux, on oscille entre le très simpliste (verser du café, régler un thermostat) et le purement anecdotique, façon QTE mollasson.

Cela dit, cette simplicité participe aussi à l’immersion. En nous faisant partager le quotidien banal de Morris, le jeu tisse peu à peu une atmosphère feutrée, un peu triste, mais sincère. On s’attache au personnage, à ses petits tracas, à ses rêveries de gloire musicale ou ses moments d’introspection. L’histoire, sans être révolutionnaire, tient la route. On la suit comme on lirait une nouvelle un peu mélancolique, avec quelques détours poétiques ici et là.

La bande-son fait bien le boulot : douce, jazzy, jamais envahissante, elle accompagne parfaitement le récit et les petites saynètes. On aurait aimé que le reste du sound design suive, mais on sent que l’essentiel de l’effort a été mis dans les morceaux de piano. Et franchement, c’est déjà pas mal.
Côté durée de vie, comptez trois petites heures pour faire le tour de cette virée introspective. Et honnêtement, c’est très bien comme ça. Le rythme est déjà suffisamment lent pour qu’on n’ait pas besoin d’en rajouter.

En conclusion, Blue Wednesday n’essaie pas de révolutionner quoi que ce soit. C’est un petit jeu narratif, modeste, un brin mélancolique, à savourer comme on feuillette un carnet de bord intime. Pas de révélation ludique ici, mais une jolie parenthèse douce-amère, ponctuée de mini-jeux qui, s’ils ne marqueront pas l’histoire, accompagnent bien le récit. Un bon petit moment, sans fioritures.
