Dans une salle de réunion douteuse éclairée par un néon qui clignote comme un vieux grille-pain possédé, un type en costume s’est levé et a déclaré : « J’ai une idée de jeu. » Son collègue a répondu : « Super, un RPG ? » « Non. » « Un jeu de course ? » « Toujours non. » « Alors quoi ? » Le premier a souri en sortant un fusil à pompe imaginaire : « La roulette russe… mais avec un calibre 12. » Silence. Puis quelque part au fond de la salle, un stagiaire a lâché : « C’est complètement idiot. » Exactement.
Bienvenue dans Buckshot Roulette, le jeu qui prend une idée déjà absurde et décide de lui ajouter des muscles, une bande-son menaçante et une ambiance de boîte de nuit clandestine sortie d’un cauchemar industriel.

Le principe est d’une simplicité presque insultante : vous affrontez le Donneur autour d’une table et tentez de survivre à plusieurs manches où les cartouches réelles et les cartouches à blanc sont mélangées. Chaque décision devient une bataille mentale. Tirer sur soi-même ? Tirer sur l’adversaire ? Utiliser un objet pour tricher un peu avec le destin ? Derrière son apparence minimaliste, le jeu cache un vrai duel psychologique. C’est un peu comme jouer aux échecs avec Dark Vador dans l’arrière-boutique d’une discothèque abandonnée. Et malgré le concept qui semble tenir sur un post-it oublié sous une pizza froide, ça fonctionne étonnamment bien.

Ce qui m’a frappé, c’est à quel point le gameplay est bêtement génial. Une partie commence et soudain votre cerveau se transforme en calculatrice de casino sous caféine. Vous comptez les cartouches, vous essayez de prédire les probabilités, puis tout s’écroule parce que le déstin décide qu’aujourd’hui vous allez apprendre l’humilité. À un moment, je me suis senti comme un génie stratégique. Deux minutes plus tard, j’avais pris la pire décision possible et je regardais mon écran avec la même expression qu’un personnage de The Office après une catastrophe professionnelle. Le jeu m’a littéralement fait passer de « Je maîtrise tout » à « Je suis une courgette avec une manette ».

Concernant le mode solo, l’effet est un peu plus compliqué. Les premières parties sont captivantes, mais après plusieurs sessions, une certaine répétition finit par pointer le bout de son nez. C’est le genre de jeu où l’on se dit constamment « allez, encore une », puis où l’on réalise qu’on répète un schéma assez similaire. Heureusement, les parties sont courtes et nerveuses. On entre, on joue, on souffre, on recommence. C’est presque un fast-food vidéoludique : pas forcément équilibré sur le long terme, mais difficile de résister quand l’envie revient.

Là où le jeu prend vraiment une autre dimension, c’est avec le multijoueur à quatre. Et là, l’humanité montre instantanément son vrai visage. Les négociations commencent, les promesses volent dans tous les sens. « Je te jure que je ne vais pas te viser. » Mensonge. « On élimine le troisième joueur ensemble. » Mensonge aussi. « Je suis quelqu’un de confiance. » Triple mensonge avec option premium. Chaque partie ressemble à une réunion de super-vilains incapables de collaborer plus de trente secondes. Les trahisons s’enchaînent, les éclats de rire aussi, et c’est clairement dans ce mode que Buckshot Roulette révèle tout son potentiel de machine à créer des anecdotes ridicules.
Pour l’ambiance, le jeu réussit quelque chose d’assez impressionnant. C’est moche. Voilà, c’est dit. Techniquement, on a vu plus séduisant qu’un sous-sol industriel où même les rats semblent en dépression. Pourtant, cette laideur participe totalement à son charme. Les éclairages, les sons métalliques, les battements électroniques inquiétants : tout contribue à créer une atmosphère sale et fascinante. Mention spéciale à la bande-son qui accompagne parfaitement les moments de tension. J’avais parfois l’impression d’être coincé dans une cassette VHS maudite trouvée derrière un vidéoclub fermé depuis 1997.

Il faut cependant parler des quelques irritants. Les problèmes de serveur peuvent parfois venir casser l’ambiance, ce qui est dommage pour un jeu qui mise autant sur l’intensité immédiate. Il y a aussi cette part de hasard qui, occasionnellement, peut réduire à néant les meilleurs plans du monde. Vous pouvez élaborer une stratégie digne d’un maître tacticien, puis regarder la chance tout piétiner avec des bottes de chantier. C’est frustrant, mais aussi étrangement cohérent avec le concept : la roulette russe n’a jamais été réputée pour récompenser les plans de carrière.
Au final, Buckshot Roulette est la preuve qu’une idée complètement stupide peut devenir un jeu incroyablement accrocheur lorsqu’elle est exécutée avec talent. Entre son multijoueur hilarant, son ambiance poisseuse et son incroyable capacité à transformer des adultes raisonnables en marchands de tapis prêts à toutes les trahisons, il possède une personnalité unique. Et comme il est disponible dans le Game Pass, il n’y a vraiment aucune excuse pour ne pas tenter l’expérience. Parce que bon, les concepts ridicules qui fonctionnent aussi bien, ça ne court pas les rues. Heureusement d’ailleurs : sinon les réunions de développement deviendraient vraiment inquiétantes.
