Cash Cleaner (ou plutôt ce bon vieux simulateur de blanchiment de billets) m’a rapidement transformé en roi du triage de thunes, du flouze, de l’oseille, de l’argent sous toutes ses formes. Très vite, tu te retrouves au milieu de piles de billets qui débordent de partout, à remplir des cartons, des valises et des sacs de sports comme si tu préparais des cargaisons pour Pablo Escobar, avec cette impression délicieuse de manipuler des sommes obscènes en toute sécurité. Il y a quelque chose de très satisfaisant, presque hypnotique, dans le fait de laver, trier, compter, empiler et renvoyer ces montagnes de cash à des clients plus ou moins recommandables, tout en mettant discrètement de côté une part du butin pour améliorer ton repaire.

La boucle de gameplay repose sur une idée toute simple mais terriblement efficace : on te balance des cartons de billets sales, propre, mouillé.., tu dois détecter les faux, les trier selon les coupures demandées, les empaqueter comme il faut, puis les expédier en respectant à la lettre (ou presque) le cahier des charges. Les jobs arrivent via ton smartphone in-game, avec des exigences de plus en plus pointues : tel client veut uniquement des grosses coupures impeccables, l’autre accepte des billets un peu tachés mais veut un conditionnement précis, etc. Enfin, ils arrivent sur votre sartmphone via une application du Darknet. Et vous choisissez vous même vos contrats. De plus, très vite, tu passes d’un petit atelier de fortune à une véritable usine à flouze, avec des machines alignées qui avalent, lavent, sèchent, scannent et recrachent les billets pendant que tu jongles entre les tables, les chariots et les piles de cash qui s’entassent.

Ce qui fait le sel du jeu, c’est cette sensation que chaque billet compte vraiment, au sens propre. Les développeurs ont mis le paquet sur la physique des liasses : ça tombe, ça glisse, ça se renverse, ça s’empile de travers, et tu te surprends à réorganiser ton espace juste pour optimiser tes flux de flouze. Monter une petite chaîne de tri avec plusieurs machines connectées les unes aux autres pour filtrer progressivement les différentes coupures donne un vrai sentiment de progression, presque d’ingénierie criminelle : tu passes du petit blanchisseur de quartier au logisticien du billet sale, celui qui remplit des tonneaux d’argent comme d’autres remplissent des silos à grain. Quand tout tourne rond, que les compteuses ronronnent, que les machines à laver enchaînent les cycles et que tes piles prêtes à l’envoi s’alignent sagement, tu as vraiment l’impression d’être à la tête d’une petite multinationale de la thune.

Là où Cash Cleaner réussit aussi, c’est dans cette alliance entre côté « sale » du concept et ambiance étonnamment chill. Tu enchaînes les tâches techniques comme scanner les billets suspects, vérifier les montants avant l’envoi, regarder s’ils sont tracés, mais le tout se fait sur un tempo assez posé, avec une atmosphère qui pousse presque au « just one more job ». L’idée de manipuler autant d’argent illégal sans jamais sortir une arme ni voir une goutte de sang donne un ton plus décalé que glauque, comme si tu jouais le comptable méticuleux d’un cartel plutôt que le braqueur de service. Et plus ton équipement s’améliore, plus tu sens que tu deviens ce fameux « roi du triage de billet », celui qui transforme le cash crade en beaux paquets de flouze immaculé, prêts à disparaître dans des comptes bien planqués.

Mais tout n’est pas doré comme une palette de lingots, et le jeu a aussi ses défauts, surtout si tu comptes y passer de très longues sessions. Le premier, c’est une ergonomie parfois un peu lourde : entre les contrôles pas toujours intuitifs, les manipulations répétitives et quelques collisions capricieuses, on se retrouve parfois à pester quand une pile de billets se renverse à cause d’un mauvais mouvement ou qu’une machine tombe de la table juste à cause de bugs de collisions. Au début ça fait partie du charme « simulateur un peu bancal », mais à la longue ces petites maladresses peuvent casser le flux et donner cette impression de lutter plus contre l’interface que contre la complexité des contrats.

L’autre limite, c’est une forme de répétitivité qui finit par se faire sentir, surtout si tu enchaînes les missions sans varier ton organisation. Certes, les exigences des clients évoluent, les outils se complexifient et de nouveaux jouets absurdes viennent pimenter ton quotidien, mais la base reste toujours la même : trier, compter, emballer, envoyer dans le bon packaging. Si tu accroches à ce rythme presque méditatif, tu peux clairement y passer des dizaines d’heures, à optimiser chaque centime et à réorganiser ton atelier pour gagner quelques précieuses secondes. Si tu cherches une narration forte, des personnages marquants ou une mise en scène spectaculaire, en revanche, le jeu risque de te laisser un peu sur ta faim, tant il assume son côté pur « simulateur de process ». En même temps, on est dans un jeu de simulation, on a un scénario mais je ne veux pas divulgâcher les micro twists. La seule chose que je peux dire, c’est que vous êtes un petit peu obligé de faire ce job.

Malgré ces zones grises, Cash Cleaner Simulator reste une expérience étonnamment accrocheuse dès lors que tu acceptes son concept et son rythme. On y trouve ce plaisir coupable de plonger les mains dans des montagnes de thunes fictives, de sentir le poids du flouze s’accumuler autour de soi et de se prendre, l’espace de quelques heures, pour un Pablo Escobar du triage de billets, mais version gestionnaire consciencieux plutôt que baron sanguinaire. Tant que tu ne viens pas y chercher un jeu d’action ou un scénario haletant, mais plutôt un simulateur de flux d’argent sale où chaque détail de la chaîne compte, Cash Cleaner Simulator a largement de quoi te rendre accro et te donner l’impression d’être vraiment, chez toi, le roi incontesté de l’oseille bien rangée. En prime, il a un côté satisfaisant quand ça commence à tout être rodé.