Il y a des jeux qui vous prennent par la main, et puis il y a Deer & Boy, qui vous prend par le cœur avant de vous coller un petit coup de sabot émotionnel dans la face. Cette aventure raconte la rencontre entre un jeune garçon en fuite et un faon aussi perdu que lui. Ensemble, ils traversent des paysages magnifiques dans une quête aussi poétique que mélancolique. Imaginez Bambi qui croise Planet of Lana lors d’une balade existentielle, avec une pincée de film d’animation dont vous contrôlez chaque plan : voilà l’ambiance. Et franchement, dès les premières minutes, difficile de ne pas se laisser embarquer.

Dès les premiers instants, l’histoire réussit à captiver sans prononcer le moindre mot. Le jeune héros quitte son foyer en pleine nuit et s’enfonce dans un monde aussi beau qu’inquiétant. La relation qui se développe avec le faon constitue clairement le cœur de l’aventure. Les deux personnages évoluent ensemble, apprennent à se faire confiance et traversent des épreuves qui rappellent parfois certains grands récits initiatiques.

Au niveau des graphismes, Lifeline Games frappe très fort pour un premier jeu. Les décors sont splendides, les animations fluides et les arrière-plans débordent de détails. Chaque environnement possède sa propre identité, qu’il s’agisse d’une forêt paisible, d’une zone industrielle oppressante ou d’un sommet enneigé. Certaines scènes ressemblent tellement à des illustrations animées qu’on hésite presque à poser la manette pour admirer le paysage. La comparaison avec Planet of Lana n’est pas usurpée, et c’est un vrai compliment.

Concernant le gameplay, l’équilibre entre exploration, infiltration, énigmes et séquences plus nerveuses fonctionne très bien. Le cerf devient peu à peu un véritable partenaire grâce à ses pouvoirs, qui permettent de débloquer des passages ou de repousser d’étranges créatures issues d’une matière noire mystérieuse. Les énigmes se renouvellent régulièrement et évitent l’effet « encore ce puzzle ? » que certains jeux adorent servir jusqu’à l’écœurement. Tout n’est pas parfait toutefois : quelques soucis de collisions et certains sauts manquent parfois un peu de précision. Rien de dramatique, mais suffisamment pour lâcher un petit « non mais oh! » à son écran de temps en temps.

Pour la bande-son, le résultat est remarquable. L’absence de dialogues laisse toute la place à la musique, aux ambiances et à la narration visuelle. Comme dans Inside, les émotions passent essentiellement par l’image et le son, et cela fonctionne à merveille. Les moments calmes touchent juste, tandis que les passages plus intenses gagnent en puissance grâce à une composition inspirée. La fin surprend également avec un changement de rythme (et même de gameplay) audacieux qui casse volontairement les habitudes du joueur. Quant à la durée de vie, comptez environ 5 à 6 heures pour atteindre le générique. Une aventure relativement courte, certes, mais suffisamment dense pour éviter l’ennui et laisser une vraie empreinte émotionnelle.

Pour conclure, Deer & Boy est une très belle surprise française qui réussit presque tout ce qu’elle entreprend. Entre son univers somptueux, sa relation touchante entre les deux héros, ses énigmes bien pensées et sa magnifique direction artistique, le voyage mérite largement le détour. Une jolie pépite qui prouve que les grandes émotions n’ont pas toujours besoin de faire beaucoup de bruit.
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