J’imagine très bien la scène qui a lancé Don’t Mess With Bober. Une réunion de brainstorming dans un chalet en bois, un développeur qui renverse son café, un autre qui dit très sérieusement : « Et si le tueur, c’était… un castor ? » Silence. Long. Pesant. Puis quelqu’un répond : « Un castor bodybuildé, sous protéines, avec des problèmes de gestion de la colère. » Applaudissements. Rideau. Voilà, vous venez d’assister à la genèse d’un walking simulator horrifique où vos vacances se terminent poursuivies par un rongeur plus vénère que le Hulk de 2003 après un contrôle anti-dopage raté.

Le principe est simple et délicatement absurde : vous êtes en vacances, tout va bien, la nature, le calme, le bruit de l’eau… et puis vous faites une connerie. Laquelle ? Juste renverser la poubelle dans la rivière et détruire le barrage de notre voisin castor. Bref, vous avez froissé l’égo d’un castor qui a décidé de consacrer le reste de son existence à votre mort. Don’t Mess With Bober se présente donc comme une expérience d’horreur à la première personne, très inspirée des vieux survival horror des années 80, avec cette ambiance de film de série B qu’on louait un samedi soir en VHS, popcorn à la main, en se demandant pourquoi on s’inflige ça.

Manette en main, on se retrouve dans un walking simulator sauce survival horror, où l’ennemi principal est donc un castor tueur sous stéroïdes (oui, j’insiste, parce que visuellement, c’est important). Le gameplay est plutôt classique : on marche, on explore, on évite de mourir, et on se cache dans des casiers quand Bober fait sa ronde meurtrière. À ce moment-là, on ne peut s’empêcher d’imaginer le castor murmurer « Je sais que tu es là » avec une voix grave, alors qu’en réalité, ses animations lui donnent plutôt l’air d’un 36 tonnes qui aurait oublié de mettre le frein à main. Mention spéciale à la pêche en rivière, activité totalement essentielle dans un jeu d’horreur, puisqu’elle permet de débloquer un succès. Oui, pendant que le castor veut votre peau, vous pêchez. Priorités.

Concernant les graphismes, on est clairement sur quelque chose de rugueux. Les textures sont crades, les effets de lumière parfois à la limite du concept artistique involontaire, et les scènes nocturnes manquent tellement de visibilité que votre meilleure amie devient la lampe torche. Sans elle, c’est simple : vous jouez à l’aveugle. Les animations, quant à elles, sont assez raides, surtout celles du fameux castor, qui manque cruellement d’agilité pour une créature censée terroriser le joueur. On est plus proche d’un monstre échappé d’un vieux mod Half-Life que d’un Nemesis version rongeur.

La bande-son, elle, fait le strict minimum syndical. Le doublage anglais est correct, sans être mémorable, la musique d’ambiance fait le job pour installer une tension légère, et les bruitages sont tout à fait convenables. Rien de catastrophique, rien d’exceptionnel non plus. Disons que ça accompagne l’expérience sans jamais la transcender. À aucun moment vous ne vous direz « waouh, cette musique me donne des frissons », mais vous ne couperez pas le son non plus. C’est déjà ça (aparté ironique : on a vu pire, vraiment pire).

Pour la durée de vie, inutile de poser une tente. Comptez environ une heure, peut-être un peu plus si vous prenez le temps de vous perdre dans la nuit ou de pêcher comme si vous étiez dans un spin-off maléfique de Stardew Valley. C’est court, très court, et une fois le générique de fin lancé, on a surtout l’impression d’avoir vécu une anecdote plus qu’une véritable aventure. Un truc que vous raconterez en disant : « J’ai joué à un jeu avec un castor tueur », avant de passer à autre chose.

Au final, Don’t Mess With Bober est un jeu franchement oubliable. Passé le côté WTF du concept, digne d’un nanar des années 90 qu’on regarderait pour se moquer entre amis, le titre manque clairement de budget et de finition pour procurer un vrai plaisir manette en main. C’est le genre d’expérience qui fait sourire par son idée, mais qui ne laisse aucune trace durable. Un peu comme une mauvaise nuit de camping : sur le moment, c’est pénible, et le lendemain, on préfère en rire et rentrer chez soi.
