Dans le monde des mascottes oubliées, Gex tient une place à part. Un peu comme ce cousin un peu lourd qui cite encore des vannes de La Classe américaine alors que tout le monde est passé à autre chose. Créé dans les années 90 par Crystal Dynamics (oui, ceux qui ont fait suer Lara Croft dernièrement), Gex, c’est ce gecko vert en mode stand-up télévisuel permanent, qui avait pour mission de ramener un peu de sarcasme et de claques de queue dans le monde de la plateforme 2D, puis 3D. Et voilà qu’en 2025, la Gex Trilogy débarque sur Xbox Series qui sent bon le CRT, le chip audio, et les textures qui bavent. Retour sur ce trip rétro, entre pixel, télécommande et mal de dos.

Premier arrêt : le Gex original, ce bon vieux jeu de plateforme 2D qui, malgré son âge, conserve un certain charme. Le pitch ? Un gecko accro à la télé est aspiré dans l’univers cathodique par un méchant nommé Rez. Il doit donc traverser des mondes inspirés de genres télévisés — du cimetière d’horreur au dojo kung-fu, en passant par les cartoons survitaminés. C’est une excuse à peine masquée pour proposer un joyeux fourre-tout de décors, de blagues, et d’idées de gameplay. Gex peut claquer des fesses (avec sa queue), gober des mouches, grimper aux murs, et balancer des références pop toutes les 30 secondes. Malheureusement, beaucoup de ces actions se font avec le même bouton, et autant dire que l’erreur de manette est fréquente.
Les niveaux, eux, semblent avoir été conçus par quelqu’un qui avait une passion pour les labyrinthes et une haine profonde pour la cartographie. Aucun plan, des portails planqués, des pièges vicieux… Un vrai bonheur pour les amateurs d’exploration à l’aveugle. Et pourtant, on se laisse prendre au jeu. Il faut dire que la direction artistique a ce charme particulier des années 90 : couleurs criardes, persos à gros nez, et cette vibe Nickelodeon sous acide. Un plaisir coupable.

Enter Gex 2: Enter the Gecko, le passage en 3D parce qu’à l’époque, c’était obligatoire. Le problème, c’est que tout le monde n’est pas Mario 64. Gex s’essaie à la plateforme libre dans des mondes thématiques toujours aussi barrés, mais la caméra a visiblement été dressée par un stagiaire sous calmants. On la tourne pour essayer de bien se situer, mais elle se bloque partout, et donne parfois l’impression de jouer dans un aquarium mal orienté. Visuellement, c’est le même constat : le remaster affiche une résolution améliorée, certes, mais sans retoucher les textures glitchées ni les modèles polygonaux d’époque. Et à moins d’être nostalgique des angles morts, ça pique un peu les yeux. Et puis, attention au brouillard et aux décors qui se construisent devant nos yeux à 10 mètres.

Le dernier épisode, Gex 3: Deep Cover Gecko, pousse le délire encore plus loin. Gex devient un espion façon James Bond, avec gadgets, cinématiques kitsch, et… Marliece Andrada (Playboy, 1998), en vraie actrice incrustée dans le jeu. Oui, vous avez bien lu. On est en plein dans l’époque “plus c’est n’importe quoi, mieux c’est”. Techniquement, c’est déjà plus réussi que le second : les mondes sont plus variés, les mouvements mieux calibrés, et l’ambiance atteint des sommets de non-sens assumé. L’humour est toujours aussi daté, mais on sent que Crystal Dynamics s’est lâché sur ce dernier opus.
Dans cette compilation, ne vous attendez pas à un miracle technologique, car nous avons les jeux d’origine, au plus près de la réalité d’époque. On a droit à des filtres visuels pour simuler l’effet d’un écran rétro, des options d’écran large, quelques sauvegardes rapides et un menu modernisé. Mais pour le reste ? Nada. Les bugs visuels sont toujours là, les cinématiques d’ouverture sont toujours floues, et l’ergonomie sent toujours le cambouis. Heureusement, la compilation compense avec un gros paquet de bonus : pubs d’époque, concepts art, interviews d’époque, anecdotes croustillantes… On sent que Limited Run Games a voulu faire plaisir aux fans de la première heure. Mission réussie à ce niveau.

La Gex Trilogy, c’est un peu comme ressortir sa vieille cassette de Code Lisa : c’est bizarre, c’est vieillot, parfois gênant… mais ça rappelle des souvenirs. Les jeux eux-mêmes n’ont pas été transformés en profondeur, et les remasters jouent clairement la carte du « musée interactif » plus que celle de la modernisation. Le gameplay est parfois bancal, l’humour est daté, mais il y a quelque chose de sincère dans cette absurdité assumée. Les fans des années 90 y verront une madeleine trempée dans du Mountain Dew, les autres, un bout d’histoire vidéoludique à observer de loin, avec curiosité et un peu de perplexité.
Bref, Gex Trilogy est un trip rétro qui ne casse pas trois pattes à un gecko, mais qui mérite au moins un petit zapping nostalgique.
