« Bon, qui a laissé tomber une météorite sur la Corée du Sud ? »
« Pas moi, j’avais piscine. »
« Et pourquoi il y a des monstres maintenant ? »
« Ça doit être un bug météo. »

Ainsi commence la réunion la plus inutile de l’histoire de l’humanité, pendant qu’au loin Busan ressemble à un fond d’écran Windows post-apocalyptique téléchargé sur un site douteux. C’est dans cette ambiance joyeusement désespérée que Ground Zero vous envoie, avec une agente sud-coréenne surentraînée et un Canadien dont on suppose qu’il est là pour dire « sorry » aux mutants avant de leur tirer dessus. Entre ruines embrumées, monstres qui ont clairement abusé des radiations et mystères gluants qui sortent du sol, le jeu promet une lettre d’amour aux anciens survival horror : caméras fixes, déplacements façon tank et cette envie permanente de fouiller des tiroirs comme si votre vie dépendait d’un rouleau de scotch.

Dans cette aventure, on explore une Busan détruite, des temples côtiers aux rues urbaines transformées en terrain de camping pour créatures mutantes. L’enquête devient vite secondaire parce que chaque coin de rue semble vouloir vous transformer en steak tartare. Le jeu empile les références aux anciens Resident Evil comme un fan un peu trop enthousiaste à une convention cosplay. On tire, on poignarde, on esquive tant bien que mal en essayant d’avoir l’air professionnel, tout en accumulant des points de génome pour devenir une machine de guerre… ou au moins quelqu’un qui survit plus de trois minutes sans paniquer.

Mon cerveau, lui, a tenté de comprendre ce qui se passait pendant que les contrôles décidaient de faire du yoga expérimental. Même en mode moderne, le gameplay garde cette sensation étrange de « je vais dans une direction, mais mon personnage a décidé de partir en vacances ailleurs ». Et là, tu luttes. Tu négocies avec la manette. Tu murmures « allez tourne, tourne… NON PAS DANS LE MUR RIGGS, PAS ENCORE ». C’est un peu comme conduire un caddie avec une roue cassée dans un supermarché en feu, mais avec des zombies.

Visuellement, le jeu tente de jouer la carte rétro ambiance, mais finit parfois par ressembler à un vieux rêve flou que même ton cerveau abandonne à mi-parcours. Entre les textures qui font du pop comme du popcorn et les collisions qui décident que traverser un objet est une suggestion, l’immersion prend quelques coups. Et je ne parle même pas des dialogues sans synchronisation labiale : voir un personnage parler avec une bouche parfaitement immobile, c’est un peu comme regarder une marionnette possédée qui refuse de coopérer. On se croirait dans un vieux film mal doublé… sauf que même les films mal doublés essayent un minimum.
Concernant l’ambiance, il y a quand même ce petit truc qui fonctionne. Cette tension permanente, ce silence gênant entre deux bruits suspects, ce moment où tu te dis « il va se passer quelque chose »… et effectivement, une aberration de la nature surgit pour te rappeler que tu es venu pour souffrir. Les boss, eux, sont du genre à te regarder de haut comme s’ils avaient signé un contrat pour apparaître dans un DLC de Stranger Things. Impressionnants, parfois absurdes, souvent menaçants, ils donnent au jeu quelques vrais moments mémorables.

Côté durée de vie, comptez entre 12 et 15 heures selon votre capacité à courir dans le mur ou à résoudre les énigmes sans appeler Google à l’aide. Et entre nous, certaines énigmes donnent l’impression d’avoir été pensées à 3h du matin après trois cafés et une mauvaise décision de vie. Mais il y a aussi ce plaisir étrange de débloquer des bonus, des tenues alternatives, comme si le jeu vous disait « merci d’avoir survécu, voilà un chapeau ridicule ».
Mon expérience ressemble finalement à une discussion imaginaire entre moi et le jeu :
« Tu pourrais être plus précis ? »
« Non. »
« Tu pourrais être plus beau ? »
« Non. »
« Mais tu pourrais être plus fun ? »
« Peut-être, mais seulement si tu aimes souffrir avec nostalgie. »
Au final, Ground Zero est un peu ce vieux pote qui insiste pour rejouer à des jeux des années 90 avec une télé cathodique et un câble qui grésille : c’est bancal, frustrant, parfois moche, mais étrangement attachant si tu es du genre à aimer te faire mal par amour du rétro. Si tu cherches un survival horror moderne, passe ton chemin. Si tu veux une machine à remonter le temps imparfaite mais sincère, prépare ton courage… et ta patience.
