Legacy of Kain : Ascendance, c’est l’exemple type de ce qui arrive quand on veut ressusciter un vampire mythique avec un budget de goule de bas étage. 23 ans après Defiance, on nous promettait un retour aux sources. On se retrouve avec un préquel en 2D qui semble avoir été conçu par un studio qui a lu le manuel du lore en diagonale, tout en oubliant le chapitre « comment faire un jeu jouable ».

Dès les premières minutes, le ton est donné : un mélange visuel qui donne le tournis. Pixel art 16-bit pour les phases d’exploration, qui passe encore. Mais quand ça bascule en 3D PS1 pour les cinématiques ou en illustrations figées pour les dialogues, on se demande si le jeu a été assemblé dans plusieurs studios séparés, sans jamais se parler. Nosgoth, ce royaume autrefois si cohérent dans sa pourriture gothique, ressemble ici à un patchwork de styles qui ne s’accordent jamais. Certains écrans ont du charme rétro. D’autres vous font regretter l’époque où les textures floues cachaient au moins la médiocrité.

Le gameplay ? Un action‑plateformer 2D qui se veut nerveux, mais qui trébuche sur ses propres crocs. On saute, on dash, on frappe en combos basiques, on absorbe la vie des ennemis vaincus. Raziel humain, Raziel vampire, Kain en nuée de chauves-souris, Elaleth la nouvelle venue avec son style agressif… Sur le papier, ça sonne bien. Sur l’écran, c’est une succession de niveaux génériques où les ennemis se baladent comme des PNJ bourrés, avec des patterns prévisibles et une IA qui semble avoir été programmée par un stagiaire.

Les combats manquent cruellement de profondeur. Pas de vraies combos, juste des coups d’épée basiques et un parry capricieux qui ne fonctionne qu’à mi-temps. Les boss se résument à « esquive l’attaque unique, frappe trois fois, répète ». Et cette barre de faim vampire qui vide votre vie en continu ? Une idée sympa pour forcer l’action, mais qui devient vite une corvée frustrante quand vous voulez juste explorer un peu sans vous vider comme un citron.

L’histoire, alors ? Un préquel censé éclairer les origines de Raziel et l’ascension de Kain, avec Elaleth comme pivot central. Le lore est là, dense comme toujours, avec des paradoxes temporels et des manipulations divines. Mais le scénario se contente de rebrasser des événements déjà connus, sans y ajouter la moindre étincelle nouvelle. Les dialogues sonnent creux, les twists se voient à des kilomètres, et le doublage, même avec des voix cultes qui reviennent, ne sauve pas une écriture qui semble avoir été dictée par un algorithme fanfic.

On sent l’amour pour la série chez les devs. Les collectibles lore, les références aux Reavers, les clins d’œil aux timelines fracturées… Tout ça est là. Mais ça ne suffit pas à masquer le reste. Les niveaux sont fades, l’exploration anémique, les améliorations invisibles. Et cette bande-son envahissante qui cogne comme un marteau sur du vampire fatigué ? Un calvaire auditif.
Legacy of Kain : Ascendance n’est pas un enterrement définitif de la licence. C’est juste une tentative maladroite, un faux pas qui sacrifie l’héritage sur l’autel d’idées mal exécutées et d’un budget trop serré pour Nosgoth. Les fans hardcore y trouveront peut-être un ou deux os à ronger dans le lore. Pour les autres, mieux vaut se (re)lancer dans Soul Reaver ou Defiance Remastered. Au moins, là, le sang coule avec plus de style.