« Alors, on valide l’idée d’un kraken coach sportif qui hurle: plus haut, plus loin, plus de briques d’or ? » demande la minifig au blazer. « Et on garde les dindes rôties comme projectiles d’équilibrage ? » répond l’autre en griffonnant un tableau blanc fait de… briques. La porte s’ouvre: un pirate, un astronaute et un ninja déboulent, posent un dé géant et chantent un jingle télé. Voilà l’esprit: un jeu télé délirant où tout le monde se marche dessus en souriant. LEGO Party, c’est un buffet à volonté de 60 mini-jeux: on slalome en snowboard, on trace en micro-bolides façon Micro Machines, on mémorise des tracés plus vite qu’un stagiaire sous caféine, et on danse l’aéro-brique comme si Just Dance avait avalé un catalogue LEGO.

Concernant la base, c’est limpide. Jusqu’à 4 joueurs, en ligne ou sur le même canapé, toutes plateformes confondues, et une obsession monomaniaque: récolter des briques d’or. On en empoche, on en vole, on en perd parce qu’on a marché sur une case piégée tout en rigolant, puis on en regagne en remportant Astro-ball ou en survivant à Saute-kraken. Entre deux lancers de dindes rôties, on personnalise sa minifig avec des combinaisons par milliards, histoire de débarquer en soirée en cosmonaute-pirate-samouraï qui porte un tablier de chef: la grande classe. Et comme dans tout bon party game: bonus pour tricher gentiment, pièges pour punir élégamment, raccourcis pour humilier subtilement.

Pour la partie plateau, imaginez un Mario Party qui aurait été construit en Lego. On lance le dé, on avance, on ramasse des pièces, on claque les économies dans des avantages absurdes: doubler ses lancers, tirer des 6 comme si la probabilité avait une carte de fidélité, ou provoquer une petite catastrophe locale. Dans ce cadre, LEGO Party fonctionne redoutablement bien: c’est fluide, clair, et l’aperçu des commandes avant chaque épreuve évite le classique « attends, quel bouton pour sauter ? » crié à une seconde du gong. Anecdote authentique de canapé: mon voisin a juré qu’il ne tricherait pas, puis a acheté le bonus double-6. Il a appelé ça de la stratégie. C’est pas faux, dirait l’autre.

Pour ceux qui n’aiment pas le plateau, aucun problème: on peut enchaîner les mini-jeux comme un DJ en festival. La diversité est la règle d’or: épreuves de réflexe, de mémoire, de trajectoire, de précision, courses nerveuses et surprises bizarres que personne n’assume mais que tout le monde réclame encore. La qualité varie un peu selon les épreuves, mais l’ensemble tape haut dans le baromètre fun: c’est accessible, immédiatement lisible, parfois mesquin comme il faut, et souvent plus drôle que les derniers Mario Party. Oui, j’ai prononcé l’innommable: plus fun par moments. Envoyez les ninjas.

Pour le contenu global, le jeu reste plus ramassé que son illustre modèle: deux gros modes seulement. La zone de défi, clone assumé du mode classique avec le plateau, et la foire aux mini-jeux, qui balance la sauce sans chichi. On ne lui en voudra pas: le ticket d’entrée à 39,99€ adoucit la pilule et, pour un premier essai du studio MSG, c’est une démonstration de savoir-faire. Solo, multi local ou multi en ligne: tout y est pour alimenter les soirées où la diplomatie se mesure au nombre de briques volées.

Pour la réalisation, sortez les applaudissements en brique: c’est superbe. Plateaux ultra stylés, décors bourrés de détails, animations pétillantes, couleurs qui claquent comme un set tout juste sorti de la boîte. Cerise sur la pièce 2×2: la mise en scène façon show télé, avec deux présentateurs délicieusement décalés, donne à chaque partie un air d’événement. Les doublages français sont impeccables, les musiques accrochent le cortex sans le harceler, et l’ensemble respire la bonne humeur produite avec de vrais moyens. Petit moment culte chez nous: un présentateur a annoncé « un duel à la loyale » juste avant que je me fasse voler trois briques et mon estime personnelle. Télé-réalité, mais drôle.

Pour la comparaison gourmande, sachez que MSG n’en est pas à sa première fiesta coopérative: après avoir déplacé des canapés et des egos dans Moving Out, le studio a tourné ses tables vers le plateau à la Mario. Le résultat sent la maîtrise: recette connue, épices fraîches, service rapide, addition légère. Et surtout, contrairement à Mario Party, c’est disponible sur Xbox. Si vous ne jouez pas sur Switch et que vous pensiez que le party game avait déserté votre salon, voilà un convive bruyant qui remet le volume à 11.

Au final, LEGO Party est ce pot de confiture oublié au fond du frigo qui se révèle meilleur que prévu: sucré, généreux et dangereusement tartinable en groupe. Moins dodu en modes que Mario Party, certes, mais dopé à 60 mini-jeux inspirés, une réalisation qui brille et une licence exploitée avec un sourire carnassier. À 39,99€, c’est le genre d’invitation qu’on accepte sans lire le dress code: venez comme vous êtes, repartez en star de plateau, et n’oubliez pas de déclarer vos briques volées à la douane de l’amitié.