« Bon, les gars, on a une idée de jeu » lance un type qui aime trop la météo sur M6. « On prend de la pluie, de la neige et… du vent ». Silences. Quelqu’un tousse. Un autre répond : « Et si le gameplay consistait à… marcher, genre Pekin Express mais sans les jeux et les phases en bagnole ? » Applaudissements nourris.
Voilà comment j’imagine la genèse de Poetic Trio, un jeu qui ne cherche pas à te divertir mais à te faire réfléchir à ta vie pendant que tu avances lentement dans des forêts un peu vides. Très lentement. Genre, même une tortue aurait demandé un boost de vitesse.

Poetic Trio, comme son nom l’indique, propose trois expériences distinctes : Pluviophile, Chionophile et Loverowind. Trois mots qui donnent l’impression que tu vas apprendre des trucs à un dîner mondain alors qu’en réalité tu vas surtout apprendre à marcher. Dans Pluviophile, tu te balades dans une forêt sous la pluie, accompagné d’un poème et d’une musique plutôt réussie. Dans Chionophile, même recette mais version hiver avec deux chapitres, un peu plus ouverts. Et Loverowind arrive avec son vent printanier et une mécanique de collecte de fleurs, parce qu’apparemment le pollen c’est le futur du gameplay.

Dans mon aventure, j’ai rapidement compris que le jeu me parlait. Littéralement. « Avance », semblait-il murmurer. Alors j’avance. « Continue ». Je continue. À un moment, j’ai demandé à ma manette si on pouvait faire autre chose. Elle m’a regardé, triste, et elle a vibré légèrement comme pour dire « non ». C’est un walking simulator dans sa forme la plus pure : aucune distraction, aucun combat, aucune vraie interaction. Même les arbres semblent en pause café. On est loin d’un Skyrim, c’est plus proche d’une balade contemplative sous Xanax.

Concernant les ambiances, il faut reconnaître un vrai soin sonore. Le bruit des pas dans l’eau, la neige qui crisse, le vent qui souffle… là-dessus, chapeau. Ferme les yeux et tu pourrais presque croire que tu es dehors. Ouvre-les, et tu réalises que tu es toujours en train de marcher vers un arbre qui ressemble étrangement à celui que tu viens de quitter. Les poèmes sont là pour donner une touche artistique, mais ça ressemble un peu à lire un recueil pendant que quelqu’un te pousse dans la rue en te disant « profite du moment ». Ah et le jeu est en anglais, cherche pas de français.

Chionophile apporte une pseudo évolution avec un monde un peu plus ouvert. Et là, j’ai eu une lueur d’espoir. « Ça y est, le jeu s’énerve », me suis-je dit. Spoiler : non. Tu peux quitter le chemin, mais c’est surtout pour découvrir que… il n’y a rien ailleurs non plus. C’est comme sortir de chez soi pour aller dans une autre pièce vide. Une métaphore de l’existence ? Peut-être. Une excuse pour ne rien proposer ? Probable. Même les PNJ ont décidé de ne pas venir.
Loverowind tente un petit twist avec la collecte de fleurs et des déplacements plus rapides. Et là, j’ai cru entrer dans Fast and Furious : Flower Drift. Tu cours, tu voles au gré du vent, tu ramasses, tu actives des autels… jusqu’à ce que des cercles lumineux viennent te gêner. Enfin une menace ? Disons plutôt une version de Pac-Man sous Prozac. Ça bouge un peu plus, oui, mais ça reste globalement aussi palpitant qu’un épisode de documentaire sur les nuages.*

Le problème central, c’est que tout ça manque cruellement de substance. Pas d’enjeu, pas de récompense, pas de sensation de progression. C’est comme lire un livre… sans texte. Tu tournes les pages, tu regardes les images, tu te dis « c’est joli » et puis tu te rends compte que tu n’as rien retenu. Même en essayant de me convaincre que c’était une expérience artistique, mon cerveau répétait « mais pourquoi je marche encore en fait ? ».
Au final, Poetic Trio donne l’impression d’un concept étiré au maximum sans jamais vraiment justifier sa durée. C’est joli par moments, immersif côté son, mais terriblement vide et soporifique. À réserver aux amateurs de méditation interactive, ou aux gens qui trouvent que regarder la pluie tomber est déjà un gameplay suffisant.
