Test de PRAGMATA – Le TPS qui fait travailler le cerveau

Nous sommes donc projetés dans un futur pas si lointain où la Lune n’est plus seulement un caillou romantique pour poètes mélancoliques mais une station de recherche glaciale remplie de robots pas contents. Hugh, astronaute au charisme discret mais à la mâchoire bien carrée, se retrouve affublé de Diana, une petite droïde qui ferait passer R2-D2 pour un tas de boulons antisocial. Ensemble, ils doivent survivre, comprendre ce qui a mal tourné et avancer dans des couloirs lunaires plus froids que les open spaces un lundi matin. PRAGMATA pose son ambiance très vite et annonce la couleur : ce sera sérieux, un peu mélancolique, mais jamais chiant. Et non, ce n’est pas une pub pour des couches pour robots, même si le duo fonctionne étonnamment bien.

Pas commode !

Concernant les graphismes, Capcom sort l’artillerie lunaire. Visuellement, PRAGMATA est propre, net et presque clinique, comme si chaque texture avait été polie à la microfibre avant d’arriver à l’écran. Les décors lunaires respirent la désolation maîtrisée, avec une direction artistique froide mais cohérente, et des jeux de lumières qui donnent parfois l’impression de regarder un film de science-fiction haut de gamme plutôt qu’un simple jeu vidéo. Les animations faciales, principalement de Diana car Hugh a souvent son casque, sont étonnamment expressives, ce qui relève presque de la magie noire. Le tout tourne sans heurts, avec très peu de bugs à signaler, preuve que le jeu a été fini correctement et pas lâché en pleine orbite pour respecter un calendrier marketing lunaire.

Coucou !

Au niveau du gameplay, PRAGMATA mélange le TPS classique avec une idée bien plus tordue qu’elle n’en a l’air. Hugh fait parler les armes pendant que Diana s’occupe de pirater les ennemis, le tout en simultané. Le piratage se présente sous la forme d’un mini jeu de réflexion façon échiquier, où il faut tracer un chemin jusqu’au point de piratage en passant par des cases spéciales pour amplifier les dégâts. Sur le papier, ça ressemble à un cauchemar multitâche, mais une fois la gymnastique mentale intégrée, le système devient étonnamment fluide. On se surprend à réfléchir vite, à tout gérer en même temps et à se sentir un peu plus intelligent que la moyenne, même si l’on a raté ses cours de maths au collège. Les améliorations d’armes et de personnages apportent un vrai sentiment de progression, sans jamais tomber dans la surcharge de menus.

Je vole ! (ou presque)

Pour la bande-son, Capcom joue une partition globalement juste, avec des musiques d’ambiance efficaces qui accompagnent parfaitement cette errance lunaire. Les thèmes renforcent le sentiment d’isolement et de danger, tout en laissant respirer les moments plus calmes. Seules certaines musiques de fin de combat viennent parfois casser un peu l’ambiance, comme si quelqu’un lançait une playlist de victoire un peu trop enthousiaste à un enterrement. Heureusement, le reste du travail sonore est solide, et la VF intégrale mérite clairement d’être saluée. Les voix sont crédibles, bien jouées et renforcent la relation touchante entre Hugh et Diana, une relation qui évolue doucement sans tomber dans le pathos écœurant.

Action !

En ce qui concerne l’histoire, PRAGMATA surprend agréablement. La narration prend son temps et s’appuie beaucoup sur le lien entre les deux protagonistes, qui passe progressivement de la simple coopération forcée à quelque chose de plus profond. Diana n’est pas juste un gadget technologique mignon, elle est au cœur du récit et apporte une vraie dimension émotionnelle. Certains passages rappellent subtilement des ambiances à la WALL-E, mais sans jamais plagier, et le scénario parvient à rester intrigant jusqu’au bout. On sent que Capcom voulait raconter autre chose qu’une simple fusillade dans l’espace, et l’objectif est clairement atteint.

De jolis plans

Concernant la durée de vie, le jeu propose environ une douzaine d’heures en ligne droite, et plutôt une vingtaine pour les joueurs qui aiment fouiller, améliorer et tout compléter. C’est bien calibré je trouve, le rythme est suffisamment bien dosé pour qu’on ne regarde jamais sa montre. Le bestiaire, en revanche, montre vite ses limites. Forcément, affronter uniquement des ennemis robotiques se justifie scénaristiquement, mais la variété reste limitée et renforce parfois cette sensation de froid permanent, autant dans les environnements que dans les affrontements. Ce n’est pas rédhibitoire, mais un peu plus de diversité aurait clairement apporté un supplément d’âme.

En conclusion, PRAGMATA est une très belle surprise et une nouvelle licence qui démarre sur des bases solides. Capcom montre encore une fois qu’il sait prendre des risques tout en maîtrisant son savoir-faire, après nous avoir déjà prouvé qu’il était en grande forme ces dernières années. Avec son gameplay original, son univers soigné et son duo attachant, le jeu s’impose comme une expérience marquante, imparfaite mais sincère. Un voyage lunaire qu’on n’oublie pas de sitôt !