Test de REPLACED – Néons, pixel art et crise existentielle en 2.5D

Dans un futur rétro qui sent bon la VHS cramée et le synthé mélancolique, REPLACED nous attrape par le col pour nous balancer dans une Amérique alternative des années 80 où tout a vrillé après une catastrophe nucléaire. Phoenix-City brille comme une vitrine de centre commercial abandonné, néons clignotants compris, pendant qu’une I.A. coincée dans un corps humain se demande ce qu’elle fiche là, poursuivie par des types armés jusqu’aux dents. Le jeu s’applique à poser une ambiance lourde et fascinante dès les premières minutes, avec ce petit sourire en coin qui dit clairement que ça va être sombre, mais aussi sacrément stylé.

Courir, comme Tom Cruise

Le développement aura été long, très long même, au point que certains commençaient à croire que REPLACED faisait partie de ces projets condamnés à rester éternellement coincés dans un trailer d’E3. Pourtant, une fois la manette en main, le jeu prend le temps d’installer son univers et ses thèmes. Concernant la narration, elle joue sur des parallèles assez évidents avec notre société actuelle, un peu comme un épisode de Black Mirror qui aurait ressorti les vestes en jean et les walkmans. On incarne R.E.A.C.H., une I.A. piégée dans une enveloppe humaine, qui découvre progressivement que la très progressiste Phoenix Corporation cache surtout des choses peu reluisantes sous le tapis. Le Wingman 2 agit à la fois comme outil de scan, encyclopédie de lore et lecteur de bande-son. Le clin d’œil à certains gadgets cultes est tellement appuyé qu’on s’attend presque à voir Marty McFly courir dans le décor après un hoverboard oublié.

Vive les néons

Au niveau de la direction artistique, REPLACED met pratiquement tout le monde d’accord en quelques secondes. Le pixel art est magnifié par une mise en scène d’une élégance presque insolente. La caméra ne se contente jamais de suivre R.E.A.C.H., elle oscille, se décale et se pose pour révéler la richesse des décors et cette ambiance post-apocalyptique inquiétante. Certaines transitions entre gameplay et cinématiques sont si propres qu’on ne distingue même plus la frontière entre les deux. Le jeu donne régulièrement l’impression d’évoluer dans un Blade Runner version 16 bits surboostée, avec un sens du détail qui donne envie de flâner dans chaque ruelle juste pour admirer les jeux de lumière.

Magnifique

Du côté du gameplay, REPLACED mélange plateforme, action et exploration avec une vraie ambition. Les combats reposent principalement sur le corps à corps au début, avec une arme polyvalente qui sert autant de matraque que de solution radicale à distance. Les parades, esquives et déviations de tirs sont essentielles et reposent sur des fenêtres de réaction parfois très serrées. Les exécutions, quand elles se déclenchent, sont un vrai plaisir visuel et renforcent le sentiment de maîtrise. En revanche, à force d’enchaîner les affrontements, une certaine répétitivité s’installe. Il m’est arrivé plus d’une fois de me dire que j’aurais préféré explorer un décor lugubre plutôt que de repartir pour une nouvelle bagarre.

La pose classe

Les limites du système apparaissent surtout lors des combats de boss. Entre les tirs dans tous les sens, les ennemis blindés, les grenades et les charges simultanées, la lisibilité s’effondre parfois. Appuyer sur la croix directionnelle pour se soigner devient alors un exercice de foi, tant la réponse peut se faire attendre. Ajoutez à cela un joystick parfois imprécis, qui confond les directions ou refuse d’enregistrer certaines actions, et la frustration pointe le bout de son nez. Dans ces moments-là, baisser la difficulté devient une décision de survie plus qu’un aveu de faiblesse, d’autant que le jeu autorise l’ajustement à la volée sans pénalité lourde. Ouf !

Dans ta gueule

Pour la bande-son, le sans-faute n’est vraiment pas loin. Les nappes de synthés mélancoliques accompagnent à merveille l’exploration et renforcent cette nostalgie futuriste omniprésente. Chaque morceau semble pensé pour renforcer l’immersion, tantôt menaçant, tantôt contemplatif. Le fait de pouvoir débloquer et réécouter les pistes est une excellente idée, surtout quand on tombe sur un thème qui donne envie de rester immobile quelques minutes à regarder un décor sous la pluie artificielle des néons.

Explosion!

Concernant la durée de vie et le rythme global, REPLACED propose environ douze heures de jeu. L’aventure reste assez linéaire, mais les phases d’exploration, de discrétion et les zones sécurisées viennent enrichir l’univers. Ces hubs donnent vie au monde et à ses habitants, avec quêtes secondaires et dialogues à foison. L’inconvénient, c’est que le jeu a parfois un peu trop envie de parler. Lire beaucoup de texte, même bien écrit, peut casser le rythme et donner envie de retourner plus vite à l’action.

Au final, REPLACED est un jeu ambitieux qui réussit brillamment à se forger une identité visuelle et sonore mémorable. Malgré un rythme parfois inégal et des combats qui manquent de précision dans les situations tendues, l’expérience reste marquante et sincère. Ce n’est pas le choc absolu qui renverse la table, mais une œuvre stylée, imparfaite et profondément attachante, d’autant plus facile à recommander lorsqu’elle est disponible dans le Game Pass Ultimate.