Dans un futur où les humains ont confié leur santé mentale à une super IA nommée Primus, on envoie Decem, un Exécuteur amnésique mais motivé, réparer des esprits fracturés comme d’autres dépannent une box Internet. Retrace the Light nous propulse dans des Labyrinthes Miroirs à la fois fascinants et inquiétants, où chaque couloir semble sorti d’un rêve sous caféine. Entre réflexions existentielles, monstres nés des traumatismes humains et technologie futuriste qui ferait passer Black Mirror pour un tutoriel de démarrage, le jeu pose rapidement une ambiance intrigante et étonnamment captivante.

Au niveau des graphismes, Retrace the Light fait immédiatement forte impression. Les environnements alternent entre ruines futuristes, structures mentales étranges et paysages baignés de lumière avec un sens artistique remarquable. Chaque zone possède sa propre personnalité et l’ensemble dégage une identité visuelle qui dépasse largement ce qu’on attend d’une production de cette envergure. Certains décors donnent même cette sensation rare de vouloir s’arrêter quelques secondes pour admirer le paysage… avant de se rappeler qu’un cauchemar géant cherche probablement à nous transformer en décoration murale.
Concernant le gameplay, toute la réussite du jeu repose sur sa mécanique de « Retrace ». Cette idée toute simple consiste à laisser un fil lumineux derrière soi pour pouvoir revenir en arrière à tout moment. Présentée au départ comme un simple filet de sécurité, elle devient rapidement le cœur de l’expérience. Les énigmes exploitent intelligemment ce pouvoir et les combats demandent constamment d’anticiper ses déplacements. C’est un peu comme si Portal et Prince of Persia avaient élevé ensemble un enfant passionné par les paradoxes temporels. Chaque nouvelle zone pousse à réfléchir différemment et la satisfaction ressentie lorsqu’une solution fonctionne est particulièrement gratifiante.

Pour la narration, le jeu accompagne admirablement son concept. La quête de Decem pour retrouver sa mémoire s’entremêle avec les secrets du Meta Mirror Project, tandis que chaque Mirrormaze reflète les blessures psychologiques de ses occupants. L’histoire évite heureusement les longues tirades interminables que certains jeux de science-fiction adorent infliger au joueur. Ici, on découvre progressivement les éléments du puzzle et l’envie de comprendre ce qui se cache derrière tout cela devient un moteur aussi puissant que le gameplay lui-même. Même les boss, appelés Mirrormares, participent à cette cohérence narrative en incarnant directement les peurs et obsessions de leurs victimes.

Pour ce qui est de la bande-son et de la durée de vie, le résultat reste particulièrement convaincant. Les musiques accompagnent les moments contemplatifs avec finesse et montent naturellement en intensité pendant les affrontements sans jamais voler la vedette à l’action. Quant à la progression, elle est parfaitement rythmée : les mécaniques se dévoilent progressivement, les puzzles gagnent en complexité avec intelligence et les nouveaux défis arrivent toujours au bon moment. Ce qui commence comme une simple curiosité se transforme peu à peu en véritable obsession. Le genre de jeu qu’on lance pour trente minutes avant de découvrir avec horreur que le soleil s’est déjà couché depuis longtemps.
Pour conclure, Retrace the Light réussit un petit tour de magie que beaucoup de productions plus ambitieuses échouent à accomplir : proposer une mécanique originale, l’exploiter jusqu’au bout et l’intégrer parfaitement à son univers. Entre sa direction artistique inspirée, ses énigmes inventives et son récit surprenamment touchant, le voyage de Decem marque durablement les esprits. Le jeu commence discrètement et finit par s’installer confortablement dans la catégorie des belles surprises.
