Test de Romeo is a Dead Man – Shakespeare in Love version Suda 51

Suda 51 est au jeu vidéo ce que, selon moi, David Cronenberg est au cinéma : un réalisateur qui se moque des normes établies et qui propose une œuvre à son image. Elle plaît ou non, mais elle reste atypique, ne laisse jamais indifférent et offre toujours quelque chose d’intéressant à en tirer. 

Sebastien Lecornu

Réalisateur de nombreux jeux comme No More HeroesKiller7Sine MoraLollipop Chainsaw ou Shadow of the Damned, Suda 51, ou Go Ichi, avec son studio Grasshopper Manufacture, sait triturer l’esprit du joueur et briser le quatrième mur. Dans un monde aseptisé et rempli de jeux répondant à un strict cahier des charges, il continue de sortir des OVNI ludiques, et cette fois, c’est Shakespeare qui en fait les frais. 

Flinguez les tous !
Romeo sur Juliette

Nous incarnons Romeo Stargazer, un shérif adjoint qui, lors d’une patrouille nocturne, découvre Juliet inanimée au sol. Après cette découverte, il meurt puis renaît sous la forme de “Dead Man”, un être mi-homme mi-machine. Grâce à Papi, un scientifique qui vit littéralement à l’arrière de son blouson, il rejoint le FBI de l’espace et traque sans relâche les criminels d’un multivers où le temps, l’espace et les lignes du destin s’entrecroisent. 

Ah…. mon petit batard
Je la voyais pas si grand mon ex belle mére

Le scénario est alambiqué, digne d’un cerveau qui turbine à la cafetière. Le jeu se présente comme un beat’em all façon Devil May Cry, agrémenté de petites énigmes. Romeo manie le sabre laser comme personne, mais peut aussi utiliser son flingue intergalactique pour éliminer zombies et créatures difformes. La plupart des ennemis possèdent un point faible sous forme de “fleur” qu’il faut viser au pistolet pour les abattre rapidement et éviter de se salir les mains. À cela s’ajoute une attaque spéciale qui se recharge en absorbant le sang de votre charnier perpétuel. 

Ca n’est pas Vaas
Tout le mode a la ref de cet album…

Romeo is a Dead Man est un patchwork, autant visuellement que dans son gameplay. Si la base est un beat’em all, vous vous retrouverez aussi dans le vaisseau du FBI, où le jeu bascule en 2D pixel art dégueu as fuck mais avec son charme. On passe d’un délire de jeu de cuisine à un Pac-Man destiné à booster ses armes, puis à la culture de graines de zombies servant d’attaques à cooldown lors des chapitres. On a l’impression d’un véritable fourre-tout, un gloubi-boulga de mécaniques et de styles graphiques sans cohérence apparente, mais la sauce prend, et plutôt bien. 

Les fameuses fleurs à viser
2D Pixel art

Je reste fasciné par certains plans et certaines idées qui, amalgamées à cet OVNI, fonctionnent parfaitement avec moi. On ressent l’amour de Suda pour les Metal Heroes et les Tokusatsu, ces séries de notre enfance comme Bioman, et plus spécifiquement X-Or ou Sharivan. Le jeu est d’ailleurs découpé en chapitres présentés comme des épisodes, avec générique d’ouverture, arrivée en moto de l’espace et générique de fin montrant le vaisseau. Tout amateur de ces séries y trouvera son compte. On devient le X-Or ou Uchu Keiji Gyaban des temps modernes, manette Xbox en main. 

Curry mais pas Stephen

Le jeu est beau sans être exceptionnel, gore, délirant et fun, comme un film de série B des années 90, rappelant Re-Animator, auquel il fait d’ailleurs référence. Il est linéaire, compte une dizaine d’heures et reste répétitif comme tout bon beat’em up, avec des passages franchement pénibles, notamment dans un univers proche de Tron où il faut chercher des clés et faire des allers-retours entre deux mondes. Suda m’a pris pour Passe-Partout ou quoi. 

Tu te prends trop la tête !
Le monde Tron, une corvée

Le jeu ne plaira pas à tout le monde. Décousu, il porte les défauts de ses qualités. Mais si vous aimez les jeux avec une vraie patte, une âme, qui sortent des sentiers battus de l’industrie AA, et que vous avez une affection pour le Japon et les films de genre, il y a de grandes chances que vous tombiez sous son charme. Vivement le prochain. 

Ce jeu aura ma peau