Saborus se présente comme un jeu d’horreur atypique où l’on incarne un poulet tentant de survivre dans un abattoir qui ferait passer un cauchemar vegan pour une promenade champêtre. Entre énigmes, phases de fuite et ambiance glauque, le titre promet une expérience immersive et engagée, avec en toile de fond une dénonciation assumée de la condition animale. Sur le papier, l’idée intrigue. Une fois la manette en main, c’est une autre histoire.

Dès les premières minutes, le jeu accuse son âge, même s’il vient de sortir. Les textures sont d’un autre temps, les modèles 3D semblent tout droit sortis d’une démo Unity oubliée sur un disque dur, et les animations, surtout celles des humains, sont aussi rigides qu’un stagiaire un lundi matin. Le poulet, pourtant héros de l’aventure, n’échappe pas à cette raideur générale, ce qui pose rapidement problème.

Le gameplay se veut accessible, avec des mécaniques simples de déplacement, de plateforme et de fuite. En pratique, c’est une véritable plaie. Les phases de plateforme sont particulièrement pénibles. Viser une plateforme relève plus de la divination que de la précision, et notre gallinacé se déplace comme une chicken wing trop cuite, sans souplesse ni réactivité. Les bugs de collision n’arrangent rien, provoquant des chutes injustes et une frustration bien réelle.

Les séquences de poursuite, censées apporter tension et adrénaline, tombent souvent à plat. Le level design manque de lisibilité, on ne comprend pas toujours où aller ni pourquoi, et on se fait régulièrement attraper sans avoir réellement commis d’erreur. Là encore, les collisions font des leurs, transformant certaines morts en pures injustices vidéoludiques.

Côté ambiance sonore, Saborus fait le strict minimum. Les doublages anglais sentent le low cost à plein bec, sans aucune traduction française pour accompagner l’expérience. Les musiques manquent de personnalité et peinent à instaurer une vraie tension, tandis que les bruitages sont pauvres et répétitifs. Pour un jeu qui mise autant sur l’horreur et l’immersion, c’est clairement insuffisant.
La durée de vie tourne autour de trois heures, le temps nécessaire pour se prendre pour un poulet traqué dans une version cauchemardesque d’un KFC machiavélique. Une durée correcte sur le papier, mais qui paraît bien longue quand le gameplay et la technique ne suivent pas.

Saborus veut clairement se poser en défenseur de la cause animale, avec un propos engagé et une mise en scène volontairement dérangeante. Malheureusement, derrière les bonnes intentions, on se retrouve avec un jeu pas terrible, plutôt moche et mal foutu, plombé par un gameplay rigide, des bugs de collision et une réalisation dépassée. À force de courir dans cet abattoir numérique sans âme, le message finit par se diluer. Pire encore, perso, ça m’a surtout donné envie de faire un poulet rôti le soir même. Comme quoi, l’effet recherché n’est pas toujours celui obtenu.
