SLEEP AWAKE est une expérience narrative d’horreur psychédélique à la première personne qui nous plonge dans un monde coincé entre le sommeil et la mort. Dans une dernière ville encore debout, le simple fait de fermer les yeux peut vous condamner. Le SILENCE emporte quiconque s’endort et la population, au bord de la crise de nerfs collective, se tourne vers des cultes et des expériences douteuses pour survivre. Dans la peau de Katja, insomniaque forcée, vous explorez cette cité en ruine, résolvez des énigmes et tentez de rester éveillée coûte que coûte, le tout dans une ambiance volontairement dérangeante qui brouille constamment la frontière entre réalité et hallucination.

Dès les premières minutes, l’histoire donne le ton : c’est perché, dense et volontairement confus. On a l’impression d’un cocktail étrange mêlant Inception, David Lynch, Matrix et une pincée de Kojima. Autant dire que le cerveau est sollicité dès le départ. Le problème, c’est que le jeu balance énormément d’informations d’un coup, au point de perdre le joueur pendant le prologue. On tâtonne, on doute, on se demande parfois si on a raté un épisode.

Heureusement, une fois ce premier cap passé, le concept devient plus clair et l’intrigue commence réellement à accrocher. Sans tout expliquer, SLEEP AWAKE réussit à titiller la curiosité et à donner envie d’aller plus loin. Tout n’est pas limpide, loin de là, et il faut clairement s’accrocher. Même à la fin, il reste des zones d’ombre, mais c’est aussi ce flou permanent qui fait une partie du charme du jeu.

Sur le plan technique, le résultat est globalement solide. Les environnements sont travaillés et regorgent d’effets de distorsion et de décors qui semblent se décomposer sous vos yeux. Le monde donne constamment l’impression de ne pas être stable, ce qui colle parfaitement au propos. Les personnages sont un peu en retrait visuellement, mais rien de choquant ou de vraiment raté.

Le mélange entre jeu et séquences en FMV est clairement l’un des points forts. Ces projections viennent appuyer le malaise ambiant et fonctionnent étonnamment bien. Certaines scènes, notamment lorsque Katja utilise des gouttes pour rester éveillée, sont particulièrement marquantes. Images réelles, distorsions d’écran, gros plan sur un œil humain : c’est efficace et franchement dérangeant, dans le bon sens du terme.

Le doublage anglais est de bonne qualité, même si Katja a tendance à beaucoup commenter ce qui se passe autour d’elle. Un peu trop parfois, ce qui casse légèrement l’immersion dans certains passages plus silencieux. La bande-son, en revanche, fait parfaitement le travail. Musiques et bruitages participent pleinement à cette ambiance oppressante et hypnotique, sans jamais en faire trop.

Côté gameplay, on est clairement sur du walking simulator. Exploration, énigmes, collecte d’objets et quelques séquences de fuite ou d’infiltration viennent rythmer l’aventure. Certains passages sont stressants, glauques, parfois même violents, mais il ne faut pas s’attendre à une pluie de jumpscares. Ici, l’horreur est avant tout mentale. C’est un jeu qui met mal à l’aise et qui installe une tension constante, plus qu’il ne cherche à faire sursauter. Enfin, la durée de vie tourne autour de 5 heures de jeu, ce qui correspond plutôt bien à ce type d’expérience narrative. Ni trop court, ni inutilement étiré, le jeu raconte ce qu’il a à dire sans trop s’éparpiller.

Au final, SLEEP AWAKE est un titre très sympa et assez prenant, porté par une ambiance forte et une mise en scène soignée. En revanche, il faudra clairement adhérer à son histoire, qui est assez complexe et qui met du temps à réellement démarrer. Si vous aimez les récits obscurs et les expériences qui aiment perdre le joueur, le voyage vaut le détour, même si vous risquez d’en ressortir avec plus de questions que de réponses.
