Test de Sniper Dan – Dans le viseur

Dans une salle de réunion quelque part entre un épisode de Kaamelott et un rêve fiévreux provoqué par trois litres de café, un homme en costume s’est levé et a déclaré : « J’ai une idée. Et si on réglait les problèmes du monde… avec un fusil de précision ? » Silence. Puis un autre a répondu : « Pour sauver un robinet coincé ? » « Oui. » « Et un pélican voleur ? » « Surtout un pélican voleur. » C’est probablement comme ça qu’est né Sniper Dan, un jeu qui prend le concept du jeu d’objets cachés, le met dans un canon géant, puis l’envoie s’écraser dans un parc d’attractions rempli de gags visuels.

Le principe est aussi simple qu’absurde. Dan n’est pas un sniper chargé d’éliminer des menaces internationales ou de sauver le monde d’une organisation secrète. Non. Dan est une sorte de plombier, mécanicien, facteur, gardien de zoo et magicien à temps partiel. Depuis son perchoir, il observe des décors en 3D colorés et doit identifier des problèmes avant de leur tirer dessus avec une précision chirurgicale. Une balançoire ne monte pas assez haut ? Pan. Une valise refuse de s’ouvrir ? Pan pan. Un morceau de pain doit nourrir des oiseaux ? Pan aussi. J’ai passé plusieurs minutes à accepter cette logique comme on accepte le scénario d’un Fast & Furious : il ne faut pas chercher à comprendre, il faut juste profiter du spectacle.

Ce qui surprend rapidement, c’est à quel point le jeu est plus malin qu’il ne le laisse croire. Derrière son apparence de dessin animé surexcité se cache un véritable jeu d’observation. Les indices sont parfois limpides, parfois aussi mystérieux qu’un message laissé par un complotiste sur un forum à 3 heures du matin. Plusieurs fois, je me suis retrouvé à scruter l’écran comme un détective en fin de carrière, persuadé que la réponse se cachait devant mes yeux. Mon cerveau murmurait : « Tu l’as ratée. » Mon ego répondait : « Impossible. » Dix minutes plus tard, le système d’indices me regardait avec la même pitié qu’un professeur face à un élève ayant écrit son prénom à la mauvaise place sur une copie. Oui, je parle de toi Théo (ou Tibo).

L’aventure nous fait visiter une collection de lieux tous plus vivants les uns que les autres. Ferme, parc, village, aéroport ou ville animée : chaque décor ressemble à une maquette géante dans laquelle quelqu’un aurait dispersé des centaines de petites blagues. Il se passe constamment quelque chose à l’écran. Pendant que vous cherchez une solution, un personnage fait une bêtise dans un coin, un animal prépare probablement son prochain méfait dans un autre. J’ai même développé une méfiance irrationnelle envers les pélicans. Avant Sniper Dan, je trouvais ces oiseaux sympathiques. Après plusieurs missions, je suis convaincu qu’ils dirigent une organisation criminelle internationale. Le CCP, le Comité Contre les Pélicans.

Ce délire permanent est renforcé par une énorme quantité de contenu. Au départ, je pensais lancer quelques missions rapides avant de passer à autre chose. Puis je me suis retrouvé à améliorer l’équipement de Dan, décorer son bureau et accepter des missions secondaires sorties tout droit d’un univers parallèle. À un moment, je cherchais des objets comme si ma carrière en dépendait. À un autre, je parcourais une carte pour retrouver des colis suspects avec l’énergie d’un archéologue découvrant un trésor légendaire. Le pire, c’est que le jeu réussit à rendre tout cela étrangement addictif. J’ai même changé mon pseudo en DevilDan.

Concernant la réalisation, Sniper Dan ne cherche jamais à rivaliser avec les grosses productions photoréalistes. Son objectif est clair : être drôle, lisible et constamment agréable à regarder. Les graphismes cartoon fonctionnent parfaitement avec l’humour général. On sent parfois un certain côté bricolage sympathique dans certains éléments visuels, mais cela participe presque à son charme. C’est un peu comme regarder une troupe de théâtre amateur qui serait soudainement devenue incroyablement talentueuse au beau milieu de la représentation.

Du côté de la rejouabilité, le jeu ne se contente pas de proposer sa campagne principale. Entre les défis chronométrés, la chasse aux munitions, le mode photo et les nombreux secrets disséminés partout, il y a toujours une nouvelle excuse pour replonger dans les niveaux. Comme les objectifs évoluent régulièrement, impossible de simplement compter sur sa mémoire. Et c’est là que Sniper Dan réussit sa meilleure blague : il transforme des tâches complètement ridicules en une obsession parfaitement assumée.

Au final, Sniper Dan est le genre de jeu qui commence comme une plaisanterie et finit par vous capturer pendant des heures. Son concept est complètement loufoque, ses missions sont délicieusement absurdes et son sens de l’humour fait mouche presque en permanence. Si l’idée de réparer le monde en tirant sur des robinets, des valises et des miches de pain vous semble ridicule, sachez que c’est précisément le but. Et contre toute attente, ça fonctionne merveilleusement bien.