Dès les premières minutes passées sur GodStone, une certitude s’impose : ce n’est clairement pas l’endroit idéal pour des vacances en famille, sauf si votre idée du repos inclut des fantômes rancuniers, une secte oubliée et un pendule qui gigote plus qu’un GPS en pleine Creuse. The Occultist pose immédiatement son ambiance poisseuse et intrigue avec élégance. Alan Rebels, détective paranormal au charisme discret mais au traumatisme familial XXL, débarque sur une île abandonnée pour comprendre pourquoi son père a disparu. Une enquête intime, des ruelles noyées dans le brouillard et un mystère qui sent bon l’encens moisi : on se croirait dans un épisode perdu de X-Files réalisé par quelqu’un qui a un abonnement premium à la machine à fumée.

Concernant les graphismes, le jeu sort clairement sa plus belle robe noire. La direction artistique est de très haut niveau, avec des environnements variés qui évitent le piège du décor copié collé. GodStone est un vrai terrain de jeu visuel, entre bâtiments à moitié en ruine, rues désertes et intérieurs inquiétants où l’on s’attend presque à voir surgir un paparazzi fantôme. Techniquement, l’ensemble est très propre, avec quelques passages un peu moins inspirés, mais rien qui casse l’immersion. Les jeux de lumière sont particulièrement réussis et renforcent cette sensation de malaise constant. Seuls les fantômes viennent parfois gâcher la fête, avec une modélisation un peu en retrait par rapport au reste.

Du côté du gameplay, The Occultist repose sur une trinité bien connue mais efficace : exploration, furtivité et énigmes. Là où le jeu se distingue clairement, c’est grâce à son pendule mystique, véritable colonne vertébrale de l’expérience. Cet objet n’est pas juste un gadget pour faire joli à l’écran, c’est le cœur battant de toutes les mécaniques. Le pendule permet de détecter des présences, d’interagir avec l’invisible, de modifier l’environnement et même de jouer avec le temps. Plus l’aventure avance, plus Alan débloque de nouvelles capacités, et certaines sont franchement jouissives. Prendre possession d’un corbeau albinos pour explorer des zones inaccessibles donne un petit côté film d’auteur perché, tandis que diriger une nuée de rongeurs à distance fait naître une étrange envie de se reconvertir en méchant Disney.

Concernant les énigmes, le plaisir est bien réel et surtout progressif. Elles sont nombreuses, parfois évidentes, parfois beaucoup plus retorses, mais toujours bien intégrées à l’environnement. La difficulté monte en douceur, ce qui permet au joueur d’apprendre à observer comme Alan, à relier les indices et à réfléchir autrement. Fouiller chaque recoin devient une seconde nature, tout en gardant un œil anxieux sur les esprits malveillants qui rôdent. Cette montée en puissance est particulièrement gratifiante et donne l’impression que l’on progresse vraiment, cerveau et manette à l’unisson. Certains casse-têtes m’ont même arraché un sourire satisfait, celui qu’on affiche quand on résout enfin une énigme après avoir tourné en rond comme un fantôme amnésique.

Pour ce qui est de l’ambiance sonore, le jeu frappe très fort. La bande-son est excellente, discrète quand il le faut et oppressante au bon moment. Chaque bruit de pas, chaque murmure lointain participe à maintenir une tension constante. Les doublages sont de qualité, ce qui renforce l’attachement aux personnages et la crédibilité de l’histoire. Il y a clairement un vrai travail sur l’ambiance globale, et le casque devient rapidement indispensable pour profiter pleinement de l’expérience. À plusieurs reprises, je me suis surpris à avancer plus lentement, non par choix tactique, mais parce que le moindre son me mettait mal à l’aise, un peu comme lors de la première fois devant Silent Hill, quand on se demande pourquoi on s’inflige ça volontairement.

Concernant la durée de vie, l’aventure se boucle en une dizaine d’heures, un peu plus ou un peu moins selon votre aisance avec les énigmes. Le contenu est solide et cohérent, même si le rythme connaît quelques baisses de régime. Certaines séquences tirent un peu en longueur et donnent l’impression que le jeu appuie trop sur l’ambiance là où un léger coup d’accélérateur aurait été bienvenu. L’IA des ennemis n’aide pas vraiment à maintenir la pression, puisqu’il suffit parfois de se cacher dans une pièce, porte ouverte comprise, pour les voir abandonner la chasse. À ce moment précis, la peur laisse place à un soupir ironique, et on se sent un peu trop malin pour son propre bien.

Au final, The Occultist s’impose comme une très belle surprise pour les amateurs d’horreur psychologique et d’enquêtes paranormales. Malgré quelques défauts de rythme et une IA un peu trop conciliante, le jeu brille par son ambiance, son gameplay centré sur le pendule et sa réalisation globale très solide. On en ressort un peu fatigué, légèrement parano, mais clairement satisfait, comme après un bon film d’horreur qui nous fait regarder sous le lit pendant deux nuits. Une expérience imparfaite mais sincère, à recommander sans hésiter à celles et ceux qui aiment frissonner manette en main.