Imaginez un instant : votre village ne repose pas sur une plaine verdoyante ou une île exotique, mais sur le dos d’un gigantesque lézard placide qui se balade dans un monde ravagé par des spores toxiques. C’est exactement la promesse de The Wandering Village, un city-builder qui troque le terrain classique contre une créature vivante et imposante, baptisée Onbu. Mélange de gestion, de survie et de poésie visuelle, le titre vous invite à prendre soin à la fois de vos villageois… et de leur maison qui a des jambes.

Dès les premières minutes, le jeu vous attrape avec une ambiance qui rappelle les animés : une intro qui évoque un univers post-apo où la nature est aussi belle que dangereuse. Pas de grande épopée scénarisée ici, mais une narration émergente qui se dessine dans la relation entre vos villageois et Onbu. Et mine de rien, ce bestiau n’est pas juste un décor : il respire, il marche, il s’endort, et parfois, il vous boude si vous l’avez maltraité. Un city-builder avec des câlins de reptile, on ne voit pas ça tous les jours.

Visuellement, c’est un petit bijou. Les décors peints à la main respirent la douceur, comme si on feuilletait un album jeunesse illustré. Les biomes défilent au gré des pas d’Onbu : désert aride, forêt luxuriante, zones polluées… chaque transition donne ce sentiment de voyage perpétuel. Quant à Onbu lui-même, il est incroyablement attachant : sa démarche pataude et ses yeux fermant lentement quand il s’endort transforment vite cette créature en mascotte vivante. On en viendrait presque à oublier qu’on lui colle des bâtiments dans le dos.

Le gameplay, lui, reste fidèle aux codes du genre : récolte de ressources, chaînes de production, gestion des habitants, recherches technologiques… mais tout est traversé par une dimension écologique unique. Ici, vos choix ne concernent pas seulement la survie des humains, mais aussi celle de la créature. Forcer Onbu à marcher malgré sa fatigue, lui implanter des machines trop intrusives ou, au contraire, gagner sa confiance en le soignant : vos décisions orientent toute la partie. Cela crée de vrais dilemmes moraux, un peu comme si SimCity vous demandait de gérer aussi la santé du sol sur lequel vous construisez.

La partie se rythme avec des événements aléatoires : spores toxiques, tempêtes de sable, canicules ou zones désertiques. Chaque biome exige une adaptation, et c’est ce qui garde le joueur éveillé malgré une courbe de progression assez douce. On a parfois l’impression de flotter dans une expérience contemplative, presque zen… ce qui peut séduire autant que lasser selon les attentes. Les amateurs de tension nerveuse risquent de trouver l’ensemble trop calme, mais ceux qui aiment poser leurs plans à long terme seront servis.

Côté technique, le jeu tourne bien sur Xbox Series X, avec des menus clairs et une interface pratique, même si un peu chargée par moments. On peut mettre en pause, planifier, observer… bref, prendre le temps. Quelques bugs visuels viennent parfois troubler la fête, mais rien qui empêche de savourer l’expérience. Quant à la rejouabilité, elle repose surtout sur le choix de votre approche (symbiose ou exploitation) et sur la génération procédurale des environnements. Pas de campagne scénarisée, donc certains trouveront le contenu un peu « plat » sur la durée, mais le charme opère suffisamment longtemps pour donner envie d’y revenir.
En définitive, The Wandering Village est un titre qui sort des sentiers battus du city-builder. Original dans son concept, porté par une direction artistique lumineuse et une idée centrale qui transforme un simple jeu de gestion en expérience contemplative et presque émotionnelle, il a de quoi séduire ceux qui aiment voyager autrement. Les fans de gestion classique retrouveront des bases familières, mais l’histoire, le style et surtout ce village nomade sur le dos d’Onbu offrent une saveur unique. Sympa, et surtout rafraîchissant !