Test de Turnip Mountain – La montagne, ça vous gagne

Dans un monde vidéoludique où tout le monde veut sauver le royaume, vaincre un dieu antique ou devenir influenceur galactique, Turnip Mountain prend une direction beaucoup plus importante : faire escalader une montagne à un navet. Oui, un navet. Et contre toute attente, cette idée absurde fonctionne remarquablement bien. Le principe est simple sur le papier : grimper toujours plus haut grâce à un système de physique réaliste où chaque main est contrôlée séparément. Chaque mètre gagné devient une victoire personnelle, chaque chute une petite tragédie shakespearienne version potager.

Au niveau des graphismes, Turnip Mountain joue la carte du minimalisme assumé avec une esthétique noir et blanc très inspirée de la Game Boy. Quelques touches de couleur viennent ponctuellement casser la monotonie et souligner certains éléments du décor ou bonus à récupérer. Le résultat est étonnamment lisible malgré sa simplicité. Ce n’est pas le genre de jeu qui fera fondre votre carte graphique comme un PC lancé sur Cyberpunk 2077, mais sa direction artistique possède un charme rétro qui colle parfaitement à l’ambiance. Et puis voir un navet escalader des falaises dans un univers qui ressemble à une console portable de 1989, ça a un certain cachet.

Concernant le gameplay, c’est là que le titre joue sa carte maîtresse. Chaque bras est contrôlé indépendamment avec les sticks analogiques, tandis que les gâchettes servent à s’agripper aux surfaces. Les premières minutes sont franchement déroutantes. J’ai passé plus de temps à comprendre mes propres bras virtuels qu’à progresser dans la montagne. Une fois la logique assimilée, le système révèle cependant une profondeur impressionnante. Il faut attraper, lâcher, se balancer, générer de l’élan et parfois se transformer en boule de légume pour rebondir ou rouler. La physique est omniprésente et chaque obstacle demande une approche différente. Certaines séquences rappellent presque les machines infernales de Wallace & Gromit, avec une coordination constamment mise à l’épreuve. Le mode coop local ajoute une couche de chaos particulièrement savoureuse puisque chaque joueur ne contrôle qu’un seul bras. Une excellente manière de tester une amitié.

Pour la bande-son, Isabelle Chiming livre des compositions particulièrement agréables qui accompagnent efficacement l’ascension. Les mélodies sont légères, entraînantes et installent une ambiance relaxante qui contraste souvent avec le stress provoqué par les passages les plus difficiles. Le principal défaut vient du fait que certains morceaux reviennent assez fréquemment. Heureusement, ils restent suffisamment sympathiques pour éviter la lassitude rapide. Disons qu’après plusieurs heures, vous siffloterez probablement les thèmes du jeu sans même vous en rendre compte. Ce qui est soit une qualité, soit le début d’un problème.

Concernant la durée de vie, les neuf niveaux proposés regorgent d’idées et de situations originales. Entre les parois glacées, les cascades, les pièges mobiles, les projecteurs révélant des prises invisibles ou les séquences de navigation, le jeu se renouvelle constamment. Les multiples chemins vers le sommet encouragent également la rejouabilité, sans oublier les objets cosmétiques à débloquer pour personnaliser son courageux légume. Attention toutefois : la difficulté grimpe vite et la courbe d’apprentissage peut devenir exigeante dès les premiers niveaux avancés. Vos pouces risquent de demander une pause bien avant votre navet.

Pour conclure, Turnip Mountain est l’une des expériences les plus originales du moment dans la catégorie des jeux de plateforme physiques. Derrière son apparence modeste se cache un titre exigeant, inventif et particulièrement gratifiant une fois ses mécaniques maîtrisées. Certes, son système de commandes ne plaira pas à tout le monde et quelques passages peuvent provoquer des accès de mauvaise foi parfaitement injustifiés. Mais pour les joueurs qui aiment souffrir un peu avant de triompher, ce drôle de navet pourrait bien devenir le prochain héros culte de leur bibliothèque, voire une future obsession chez les speedrunners.