En 1985, pendant que certains rêvaient de bolides futuristes façon Retour vers le futur, KONAMI sortait KONAMI GT, un jeu de course arcade où l’objectif était simple: appuyer sur l’accélérateur, éviter les obstacles et surtout ne pas tomber en panne sèche comme un dimanche sur l’A6 en plein mois d’aout. Six étapes, une jauge de carburant aussi stressante qu’un voyant moteur orange, et des décors censés faire voyager entre côtes, plaines et déserts. Sur le papier, ça sent le rêve américain et les lunettes de soleil. À l’écran, c’est une autre histoire, mais on y reviendra.

Au niveau des graphismes, KONAMI GT donne immédiatement l’impression d’avoir branché un vieux PC sous MS-DOS fatigué sur une borne d’arcade. Le tableau de bord occupe une place énorme et écrase la vue sur la route, tandis que les voitures et motos défilent comme des pixels en grève. Le vrai problème, c’est la lisibilité: difficile d’anticiper le tracé de la route, ce qui transforme chaque embranchement en pari digne d’un lancer de dé à Donjons et Dragons. La comparaison avec Top Speed, sorti deux ans plus tard, fait mal: pourtant loin d’etre parfait, ce dernier est beaucoup plus clair et agréable à regarder. Ici, on plisse les yeux, pas par défi arcade, mais pour essayer de comprendre ce qui se passe.

Concernant le gameplay, la lourdeur est reine. La conduite manque clairement de nervosité et chaque collision est vécue comme une punition divine. Se crasher signifie repartir au ralenti, le temps que la voiture décide que oui, finalement, elle va bien vouloir avancer. La sensation de vitesse, pourtant essentielle dans un jeu de course, est aussi plate qu’une ligne droite dans un désert sans Mad Max à l’horizon. On appuie, ça avance, mais sans excitation, sans frisson, un peu comme regarder Fast & Furious en version diaporama.
Pour la bande-son, l’ambiance sonore fait le strict minimum syndical. Quelques bruitages, une musique qui passe sans laisser de souvenir, et c’est à peu près tout. Rien de réellement énervant, mais rien de marquant non plus. À force de tourner en rond entre sons répétitifs et absence de variations, on finit par couper le son ou par se demander si sa console n’est pas passée en mode silencieux toute seule, par pitié.

Concernant la durée de vie, KONAMI GT se termine vite, très vite, surtout une fois que l’on a compris ses mécaniques limitées. Heureusement, cette version Arcade Archives 2 sauve un peu les meubles avec ses nombreux modes: Original, Hi Score, Caravan et surtout le Time Attack Mode qui pousse à finir le jeu le plus vite possible. Les sauvegardes, le rewind et les classements en ligne ajoutent un intérêt certain, mais ce sont des ajouts externes. Sans eux, l’expérience aurait le gout d’un café réchauffé trois fois.

Au final, KONAMI GT est un jeu de course qui a clairement mal vieilli et qui tient aujourd’hui plus du musée interactif que du plaisir vidéoludique pur. Malgré les efforts appréciables d’Arcade Archives 2 pour enrichir l’expérience, le cœur du jeu reste poussif, peu lisible et franchement ingrat. À réserver aux fans hardcore de l’histoire de l’arcade ou aux curieux masochistes, car pour s’amuser vraiment, mieux vaut regarder ailleurs. Et oui, même Final Lap s’en sort mieux, c’est dire.