Le jeu démarre et, quelque part dans l’univers, un développeur appuie sur un gros bouton rouge marqué concept. Immédiatement, un animal non identifié renverse une chaise, un pain d’épice panique, une boîte surprise apparaît sans raison logique, puis disparaît comme si de rien n’était. Personne n’explique rien. Personne ne s’excuse. Messy Up te balance dans son monde comme Rick balancerait Morty dans une dimension parallèle bricolée à la va-vite: débrouille-toi, casse des trucs, empêche qu’on casse des trucs, et surtout ne cherche pas trop à comprendre, tu risquerais de te faire mal.

Très vite, le jeu te lâche dans une vue de haut où tu contrôles soit des animaux, soit un personnage en pain d’épice, ce qui est déjà une phrase que je n’aurais jamais pensé écrire un jour. Les animaux ont un objectif simple: détruire. Le pain d’épice, lui, joue les agents d’assurance et tente d’empêcher le carnage. Sur le principe, ça pourrait être un délire de party game un peu débile mais assumé. Sauf que le jeu décide de t’expliquer tout ça avec une traduction française qui semble avoir été écrite par un Google Traducteur ivre, enfermé dans un ascenseur lui aussi. Les textes dépassent, se coupent, se battent entre eux à l’écran. Résultat: on lit, on ne comprend pas, on relit, on abandonne et on appuie sur des boutons en espérant que l’univers fasse le reste.

Concernant la prise en main, on est sur quelque chose de très archaïque. On matraque les boutons sans trop savoir si l’action a été prise en compte ou si le jeu fait semblant. Parfois un objet explose, parfois non. Parfois un animal glisse, parfois il s’arrête net comme s’il avait reçu un appel important. Le cel shading low cost donne l’impression d’un prototype éternel, un peu comme ces démos techniques qu’on trouve sur un PC de grande surface en 2008. La musique d’ascenseur tourne en boucle et finit par te faire regretter le silence, ce qui est quand même un exploit sonore.

Progressivement, un sentiment étrange s’installe: celui de perdre son temps. Pas de tension, pas de véritable objectif motivant, pas de montée en puissance. C’est mou. Tout est mou. Même la destruction manque de punch. On se surprend à regarder l’horloge, puis à regarder la manette, puis à se demander si on n’aurait pas mieux fait de lancer un épisode de The Office à la place. Le jeu est une énigme, mais pas dans le bon sens du terme. On cherche le délire, on cherche la blague cachée, on cherche le moment où tout va cliquer. Spoiler: ça ne clique jamais vraiment.

Il y a pourtant un contexte où Messy Up tente de se rattraper: le multijoueur local à quatre. Là, l’effet de groupe fait un peu le travail à la place du jeu. On rigole parce que quelqu’un a tout cassé, parce qu’un autre hurle, parce que le canapé a mystérieusement disparu. C’est le même principe que manger des chips trop salées: ce n’est pas bon, mais à plusieurs, ça passe mieux. Malgré tout, même dans ce cadre, l’ennui finit par pointer le bout de son nez. On s’amuse un peu, puis on pense très vite à lancer quelque chose de plus solide, plus fun, plus maîtrisé, comme Lego Party ou Make Way.

Au final, Messy Up est un jeu bizarre qui demande beaucoup à la patience du joueur sans jamais vraiment lui rendre la pareille. Il est difficile à apprécier, mais c’est surtout parce qu’il ne fait pas grand-chose pour donner envie de l’aimer. Entre son gameplay approximatif, sa réalisation fauchée et son humour qui se perd dans la traduction, il reste comme un invité gênant à une soirée: présent, un peu mignon au début, puis rapidement oubliable dès qu’une meilleure option apparaît.
